ADVERTISEMENT

Afravih 2022 : « Écoutez-nous ! »

« Écoutez-nous ! Écoutez-nous ! Écoutez-nous ! Fatou, Amanda, Emmanuel, Fanta, Habib, Keny, Adjovi, Tatiana, Dieu-Donné, Patrick »… Des militants du réseau Grandir Ensemble (VIH pédiatrique Afrique) sont montés sur scène et ont livré le noms d’enfants et de jeunes décédés – c’est des suites du sida. C’est le temps fort de la cérémonie d’ouverture d’Afravih 2022, la plus grande conférence internationale francophone sur le VIH, les hépatites et la santé sexuelle. Nous sommes le mercredi avril 6 février 2022 au Palais des Congrès du Parc Chanot à Marseille Après une édition 100% virtuelle en novembre 2020 en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19, le congrès revient pour une onzième édition en présentiel à Marseille Grandir Ensemble est un réseau de dix-huit organisations dans onze pays africains dont l’objectif est de lutter pour la fin de l’épidémie de VIH chez les enfants, les adolescents et les jeunes en Afrique de l’Ouest et du Centre et à Djibouti.

Un message fort, un silence de mort

Auparavant, des militants de Grandir Ensemble mettaient en scène une mort dans le couloir menant à l’auditorium où devait avoir lieu la cérémonie d’ouverture. Tous vêtus de la même chemise jaune, ils se sont allongés par terre. Le message suivant est écrit sur les chemises : « Un enfant meurt toutes les 5 minutes du SIDA » dans le monde. Rodrigue Koffi, coordinateur de Grandir Ensemble et avocat, explique le sens de cette action : « Les statistiques montrent que l’Afrique de l’Ouest et du Centre concentre 90% des enfants et adolescents vivant avec le VIH. Avec ce die-in, nous voulons rappeler à la francophonie qu’il ne s’agit pas que de statistiques ; ce sont des êtres humains. Les enfants et adolescents séropositifs sont noyés dans la riposte générale car il n’y a pas d’indicateur spécifique pour ces populations au niveau de partenaires importants comme le plan américain Pepfar et le Fonds mondial. Ils sont invisibles dans la riposte mondiale », regrette le militant. En marchant vers l’auditorium, les participants observent ces corps au sol. Puis, de chaque côté du couloir qui mène à la salle, d’autres militants se sont positionnés debout et forment une sorte de haie d’honneur. Ils portent des pancartes aux messages forts : « Un enfant meurt toutes les 5 minutes, 864 morts pendant la conférence », « 120 000 enfants morts en 2020 » ou encore « Nous sommes les survivants ». L’effet est saisissant. Le chemin pour rejoindre l’auditorium se fait dans un silence de mort, comme l’impression de participer à une marche funèbre. Selon l’ONUSIDA, 800 000 enfants vivant avec le VIH n’ont pas accès au traitement en Afrique de l’Ouest et du Centre.

Science sans frontières : pas pour demain

Le reste de la cérémonie est plus institutionnel. Christine Katlama, présidente d’Afravih, prononce les traditionnels mots de bienvenue et insiste sur la nécessité de renforcer nos capacités pour faire face aux différentes pandémies alors que le Covid-19 a fragilisé la lutte contre le VIH. « Il faut être prêt (…). La connaissance est la clé, la clé de la liberté », explique l’infectiologue qui a créé Afravih en 2009. Bruno Spire, président de la conférence Afravih 2022 poursuit par un vibrant hommage à la communauté VIH de Marseille. Le chercheur rappelle que les militants marseillais ont été pionniers dans la réduction des risques liés à la consommation de drogue. L’activiste déplore également les désagréments administratifs pour faire venir à Marseille des acteurs de la lutte contre le VIH de certains pays du Sud : « La science sans frontières, malheureusement, ce n’est pas pour demain.

ADVERTISEMENT

Le sida : une maladie politique

La prochaine interlocutrice Michèle Rubirola est la première adjointe au maire de Marseille. L’élu annonce le lancement de “Vers Marseille sans sida et sans hépatite” et rappelle comment “l’incroyable mobilisation des personnes atteintes” a bouleversé la relation entre malades et soignants avec les principes de Denver en 1983 “A cette époque, je commençais ma carrière de médecin”, se souvient Michèle Rubirola, qui affirme que, 40 ans après, “le sida est toujours une maladie politique”. de la prise en charge et de la prévention. Marisol Touraine, présidente d’Unitaid est revenue sur l’impact du Covid-19 sur les personnes les plus vulnérables : “Les malades sont devenus plus malades et les pauvres plus pauvres.” L’ancien ministre de la Santé de François Hollande a voulu faire passer trois messages : étendre le travail de prévention, renforcer les partenariats entre les structures médicales et les associations communautaires, et inciter les pays riches à participer davantage à la riposte mondiale aux épidémies. Le financement était justement au centre du discours de Françoise Vanni, directrice des relations extérieures du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. “Nous devons redoubler d’efforts pour nous remettre sur les rails vers les objectifs de 2030”, a expliqué le directeur, qui a souligné que le Fonds mondial avait sauvé 44 millions de vies en 20 ans et qu’il fallait au moins 18 millions de dollars pour la prochaine période. 2021 -2023. Enfin, Hakima Himmich, présidente de Coalition PLUS, a insisté sur l’importance de l’accès au traitement pour tous : “Malgré les confinements, malgré les bombes, personne ne devrait manquer un traitement ARV”, a déclaré l’infectiologue, en référence à la guerre en Ukraine. L’activiste a également souligné l’importance de la santé communautaire et a présenté le livre « Rien pour nous, sans nous ».

Rien pour nous, sans nous : le livre
A l’occasion d’Afravih, Coalition PLUS a présenté son livré « Rien pour nous, sans nous : 40 ans de mobilisation communautaire contre le sida ». Le livre est le fruit d’une réflexion et d’une analyse de 40 ans de lutte contre le sida dans le monde. Il s’intéresse particulièrement aux apports de la mobilisation communautaire. “Nous voulons essayer de clarifier ces aspects pour les associations où le concept est encore flou et pour les décideurs du système public de santé qui n’en ont pas forcément une vision claire”, explique le Dr Hélène Rossert, auteur du livre. . Ce livre se veut aussi un hommage aux militants de la lutte contre le sida. Les sept chapitres du livre sont relativement indépendants dans leur construction et peuvent être lus de manière désordonnée selon les intérêts de chacun.

Marseille lance « Vers Marseille sans sida et sans hépatite »
Du 6 au 9 avril 2022, au Parc Chanot, Marseille accueille l’édition 2022 d’Afravih, la plus grande conférence internationale francophone sur le VIH/sida, les hépatites virales, les IST et la santé sexuelle. Généralement, la ville hôte en profite pour faire une annonce dans le domaine du VIH. Elle n’a pas manqué… depuis que la Ville de Marseille a officiellement inauguré (7 avril), lors d’un événement au Palais du Pharo, l’association “Vers Marseille sans sida et sans hépatite”, créée à l’initiative et sous l’impulsion de Michèle Rubirola, première adjointe de la ville de Marseille, explique le site d’information Destimed. Le 28 mars, une assemblée générale constituante a eu lieu. L’association “a pour objectif de lutter contre les épidémies de VIH et d’hépatites virales”, mais “également de récolter des fonds publics et privés pour financer les actions proposées par le conseil d’administration de l’association et faciliter l’accès aux tests, aux soins, aux traitements et aux droits”. cette initiative, Marseille a encouragé son engagement dans la lutte contre le sida et les hépatites virales en signant, à son tour (7 avril), la Déclaration de Paris, créée en 2014, que mobilisent des municipalités du monde entier dans la lutte contre le sida Pourquoi un tel engagement ?La Mairie l’explique dans un Libération. ” L’objectif ? Définir des stratégies coordonnées pour lutter contre les épidémies de VIH et d’hépatites (…) Au-delà, réduire le sida à Marseille, c’est aussi s’attaquer à l’ennemi invisible omniprésent des personnes en situation de précarité : la discrimination”. Pour l’exécutif marseillais, les villes sont ” moteurs dans la lutte contre le sida et les maladies sexuellement transmissibles”. Toutes les villes signataires de la Déclaration de Paris (en France ce sont : Bordeaux, Lyon, Lille, Paris, Strasbourg et Nice) s’engagent à coordonner leur politique de santé publique, leurs actions associatives et travail scientifique pour endiguer l’épidémie qui a déjà fait plus de 36 millions de morts dans le monde depuis son apparition, nous explique : “Marseille a été pionnière dans la lutte contre le sida et les hépatites virales”, précise également le communiqué, sans expliquer en quoi.” Il s’agit aujourd’hui de donner un nouveau souffle à ce combat en réunissant tous les acteurs : associations, élus, soignants, institutionnels et personnes. médico-social pour réduire drastiquement le nombre d’infections, de décès et de discriminations liées au VIH. et hépatites », explique désormais la Mairie. Comme dans d’autres grandes villes, la situation du VIH à Marseille est préoccupante : le nombre d’infections stagne et augmente dans certaines populations, notamment celles nées à l’étranger. Ils interviennent plusieurs facteurs : précarité sociale et économique , difficultés persistantes d’accès aux soins et aux droits de certaines populations, isolement de certains quartiers, etc.
Parmi ses objectifs, « Vers une Marseille sans sida et sans hépatites » soutient « toute action permettant d’atteindre le cap « 95 – 95 – 95 » tel que défini dans la Déclaration de Paris ; c’est-à-dire que 95 % des personnes vivant avec le VIH ont été testées, 95 % des personnes testées étaient sous traitement ARV et 95 % des personnes sous ARV avaient une charge virale indétectable. Et la Mairie de Marseille de conclure : « Nous avons compris que le sida s’immisce là où il y a ou reste des obstacles à l’accès aux soins et aux droits. Offrir un accès inconditionnel aux services de santé essentiels, désenclaver les quartiers et les communautés, proposer des tests rapides et des outils de prévention au plus près des besoins des populations… Ce n’est que grâce à cette approche globale et à une mobilisation échelonnée sur tous les fronts dans la lutte contre le sida et les hépatites que nous pouvons faire de Marseille le représentant de cette ville la plus juste”.

ADVERTISEMENT

Leave a Comment