Algérie : un “terroriste”, abattu par l’armée le 2 décembre 2020, ressuscité à la télévision d’Etat le 6 avril 2022

Par Mohammed Ould Boah le 04/08/2022 à 18:30 (mis à jour le 04/08/2022 à 18:30)

Mercredi 6 avril dernier, la télévision publique algérienne a diffusé les « aveux » d’un chef terroriste, annoncé comme détenu il y a trois semaines à Skikda. Pourtant, ce terroriste du nom de Leslous Madani, alias Abou Hayane, avait été assassiné par l’armée algérienne le 2 décembre 2020, selon un communiqué officiel, diffusé par le non moins officiel APS…

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Le mercredi 2 décembre 2020, à la suite d’un message de condoléances du chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, le général Saïd Chengriha, adressé à la famille d’un militaire tué lors d’une opération anti-terroriste qui s’est déroulée le même jour. , un communiqué du ministère algérien de la Défense (MDN) annonce également la mort de trois terroristes.

Ce communiqué de presse, repris par l’agence de presse officielle, l’APS, mentionne dûment qu’ « après l’exploitation du renseignement, l’opération d’identification a permis de déterminer l’identité de deux des trois terroristes assassinés. Il s’agit de Leslous Madani, dit Cheikh Assem Abou Hayane, qui avait rejoint les groupes terroristes en 1994 et qui était responsable de la région de l’Est et chef du Conseil de la Charia d’une organisation terroriste, ainsi que Herida Abdelmadjid dit Abou Moussa El -Hassan, qui a rejoint les groupes terroristes en 1995 et qui était chargé de la propagande et de l’information de la même organisation terroriste ».

Selon ce communiqué du MDN recueilli par cette dépêche de l’agence officielle algérienne, Leslous Madani, dit Assem Abou Hayane, a été tué par l’armée algérienne à Jijel, le 2 décembre 2020. Or, c’est ce que même Leslous Madani qui vient de vivre une résurrection miraculeuse, et s’est exprimé devant la caméra, à la télévision publique algérienne (ENTV) pour y avouer, le mercredi 6 avril 2022, soit au jour le jour, 16 mois et 4 jours après la annonce officielle par l’armée algérienne de sa liquidation.

S’agirait-il d’aveux post-mortem ? Non. Car ce même Leslous Madani est apparu, en chair et en os, parmi les membres d’un groupe de 7 terroristes présumés, capturés le 16 mars dans une forêt de la wilaya de Skikda. Ainsi, selon les déclarations de l’APS, “Dans des aveux diffusés mercredi à la télévision publique, Leslous Madani, dit Cheikh Assem Abou Hayane, capturé lors d’un raid le 16 mars 2022 dans la forêt d’Oued Edouar (Skikda), a appelé les restes du terrorisme à renoncer définitivement à l’acte d’armes et arrêtez de suivre les ordres du chef terroriste Youssef El-Annabi (chef d’AQMI, ndlr) ».

On pourrait penser qu’il s’agit d’un homonyme, bien que l’homonyme ne puisse pas comprendre à la fois le prénom, le patronyme et le nom d’emprunt d’un djihad. Par ailleurs, les éléments fournis par le ministère algérien de la Défense ne laissent aucun doute sur le fait que ce même Leslous Madani, assassiné en 2020, est bien le même homme, c’est-à-dire celui qui s’est exprimé, repentant, sur les écrans de la télévision algérienne le 6 avril dernier. . , 2022.

Par ailleurs, le MDN algérien a repris, plus de 16 mois plus tard, les mêmes données biographiques qu’il avait lâchées lors de l’identification de la dépouille de Leslous Madani abattu le 2 décembre 2020. Ainsi que le fait que « Leslous a rejoint les groupes terroristes en 1994 », ou qu’il conserve quasiment le même rôle de « chef du Conseil de la charia » qu’il occupait avant 2020, puisqu’il est cette fois présenté comme « des groupes terroristes muftis généraux ».

Cette erreur monumentale commise par les services de renseignement militaire, dont l’amateurisme semble décidément être le point fort, n’est en réalité qu’un nouvel épisode dans la série du “dahdouhisme”, ces mises en scène de faux aveux qui ont fini par faire rigoler le régime algérien. de son peuple – et même du monde entier.

Le360 a toujours souligné que la gérontocratie du régime algérien continue d’être l’un des pires freins, l’un de ceux qui empêchent l’évolution du pays. Mais, dès lors, il apparaît ici très clairement que ce mal congénital de l’appareil politico-militaire est bien plus profond qu’on ne le pense. Elle se manifeste de plus en plus fréquemment, par des troubles mnésiques très sévères.

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