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Ariane à Naxos à l’Opéra Comédie de Montpellier de Michel Fau – Actualités

Ariane à Naxos de Richard Strauss dans la mise en scène de Michel Fau créée sur la scène du Théâtre du Capitole à Toulouse en 2019 est de retour à l’affiche, à l’Opéra National de Montpellier pour trois représentations.

Lors de la présentation de cette production à Toulouse, notre collègue Paula Gaubert a souligné l’extravagance de cette Ariane à Naxos dans la mise en scène de miguel fau, une caractéristique quelque peu freinée par le rythme de cette reprise montpelliéraine. La scène divisée en deux dans sa hauteur (rappelant une scène de théâtre classique présidée par le bouclier du maître des lieux en haut et, en bas, les coulisses et les loges), voit les protagonistes se bousculer un peu dans une effervescence calculée. Le Majordome, sorte de personnage sadique qui tire sans doute les ficelles du jeu, se délecte des ordres et contre-ordres qu’il donne lors de la préparation de l’Opéra, écrasant cette tribu de musiciens et chanteurs par sa prétendue arrogance, et dans les premiers lieu, au Fragile Compositeur.

©Marc Ginot

Comédien Florian Carove, déjà présent à Toulouse et qui travaille beaucoup dans les pays germanophones, donne en tant que majordome une prestation pleine d’ironie et de mépris, mais très plaisante. Il cherche à opposer davantage les deux mondes qu’il trouve. Mais à la fin de la représentation, tout reviendra à la normale et au final, le Compositeur de retour sur scène (tout en révélant qu’il est une femme jouant un rôle masculin), connaîtra un succès mérité sans ironie !

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©Marc Ginot

Dans l’approche onirique de miguel fau, l’illusion est particulièrement palpable. L’Opéra lui-même offre la vision d’un terrible Bacchus la bouche ouverte, sorte de grotte fantastique et d’entrée des enfers, à l’image de la porte des ogres dans le Parc Des Monstres, célèbres jardins de Bomarzo situés dans la région de Viterbe en Italie. Pendant les parties cocasses, ce Bacchus s’illumine de petites ampoules qui égayent l’action. Ce spectacle, bien réglé dans son ensemble et malgré tout encore un peu sage, qui mêle les époques du XVIIIème siècle et la création de l’oeuvre, doit beaucoup aux décors et costumes -superbes et emplumés-, créés par David Belugu et les lumières étudiées de Joël Fabing.

©Marc Ginot

Dans le rôle principal d’Ariane, Katherine Broderick il déploie des médiums larges et confiants basés sur une ligne vocale toujours chaude, remplie d’une émotion très palpable. Les aigus sonnent un peu durs, cependant, un peu forcés. le ténor américain Robert Watson il aborde l’impossible tessiture du rôle de Bacchus avec des moyens imposants et une puissante conviction. Leur “Circépasse sans difficulté et parvient même à ajouter une part d’émotion à sa performance.

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©Marc Ginot

Hongni Wu incarne le beau rôle de la compositrice avec candeur et cette naïveté qui la conduira à céder aux charmes de la coquette sinon tordue Zerbinette. Sa voix de mezzo-soprano aux basses soyeuses et au legato maîtrisé habite le rôle du début à la fin.

Dans Zerbinette, la ligne vocale et la propre voix de la soprano Hila Fahima ils manquent d’égalité et de franche virtuosité. L’hyperaigu et un certain carnage, voire une sage incantation, ne parviennent qu’à donner une idée partielle de ce multiple protagonisme.

Dans le Prologue, Guillaume Dazeley (Le maître de musique) et Jean-Philippe Elleouet-Molina (Le Perruquier) s’acquittent de leurs tâches respectives avec précision et justesse, tout en Manuel Nunez-Camelino offre le personnage du maître de danse, ici très précieux et richement vêtu, sa voix de ténor toute douce et lumineuse.

En plus d’être à l’aise sur scène, le jeune baryton polonais Mikołaj Trąbka Arlequin déploie la qualité et l’aisance de sa voix aux harmonies riches, dotées d’aigus émis avec aisance et franchise. Les autres interprètes de la partie Commedia dell’arte, Alexandre Sprague (Scaramouche), Nicolas Crawley (Truffaldino) et Antoine Figueroa (Brighella) ne déméritent pas et se mêlent volontiers à l’action.

©Marc Ginot

Les voix des Trois Nymphes peinent un peu à s’harmoniser. Dans la mezzo-soprano un rien soutenu par Julie Pasturaud dans Dryade, la soprano vive et alerte répond, aux belles envolées de norme nahoun (Echo) et la soprano lyrique de Samantha Gaule (Naïade).

©Marc Ginot

Situé à la tête duorchestre national Montpellier Occitanie, le chef chrétien armé soigner les précieux équilibres de cette partition presque chambriste tout en déployant la plénitude du son. Cependant, sa mise en scène pourrait déployer un peu plus de poésie pour s’associer encore plus pleinement au spectacle visuel et vocal.

Le public ravi de l’Opéra Comédie ne ménage pas ses applaudissements.

©Marc Ginot

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