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Chez Les Républicains, les consignes de vote sont au centre de la discorde

07h00, 10 avril 2022

Quelle sera la violence des coups électoraux ? Les électeurs de droite auront-ils un dernier saut dans l’isoloir pour sauver l’honneur de leur camp ou Valérie Pécresse finira-t-elle de glisser sur le toboggan électoral ? La question taraude Les Républicains, à quelques heures de l’élimination annoncée de leur candidat. Sauf grosse surprise ce soir, la droite devrait être battue à l’élection présidentielle pour la troisième fois consécutive et éliminée au premier tour pour la deuxième fois. Si les derniers sondages, qui créditaient Pécresse de moins de 10 % des suffrages, se matérialisent dans les urnes, c’est une défaite historique qui attend les héritiers du gaullisme : ils ne sont jamais tombés aussi bas depuis le début de la Ve République. “Une humiliation”Je libère un député de LR.

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Cette fin de campagne est amère pour la turbulente famille de la droite, qui avait pourtant réussi, une fois ce n’est pas coutumier, à s’unir derrière leur candidat. Si près de 18 % des suffrages lui étaient attribués au lendemain du congrès LR en décembre, tous les espoirs lui semblaient alors permis : « La droite est de retour ! », lance alors Valérie Pécresse. Maladroit dans la forme, hésitant au fond entre vouloir toucher les électeurs d’Emmanuel Macron et ne pas heurter ceux tentés par Éric Zemmour, il a depuis perdu du terrain. Résigné, son camp se préparait depuis quelques jours à recevoir la frayeur. Avec une question : la fête survivra-t-elle ?

“Plus le score de Valérie sera bas, plus ce sera difficile”, souffle un député de LR. Soucieux d’abord de préserver l’unité de son camp afin de lui donner une chance aux législatives de juin, le président du parti, Christian Jacob, a invité les principales personnalités de LR à se réunir à 18 heures, rue de Vaugirard, pour tenter pour harmoniser les positions. Un conseil stratégique est prévu demain à 10 heures, avant qu’un bureau politique (BP) ne se tienne à midi. Les deux groupes parlementaires se réuniront à tour de rôle à 16 heures.

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Les consignes de vote au centre de la contestation

Valérie Pécresse prendra la parole ce soir. Si elle refuse de donner un “slogan” voter, elle dira “clairement” en cas de retrait “Cet après-midi [s]nous votons et […] le chemin [qu’elle] pensez au bien de la France », promis vendredi. Beaucoup, chez LR, préféreront se taire. “Nous avons promis de ne rien dire d’ici à BP”, explique un poids lourd. Pas tous. « Quoi, le BP ? s’exclame un vieil homme à droite. Notre candidat se vautrait. Je ne vais pas attendre le doigt dans la couture de mon pantalon pour me dire quoi penser ! » Finaliste du congrès, le député LR Éric Ciotti s’exprimera sur TF1.

Au centre de la contestation annoncée : les consignes de vote pour le second tour, s’il oppose Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Comme après l’élimination de François Fillon en 2017, Les Républicains devraient être divisés en deux groupes : un parti demandera explicitement le vote de Macron pour bloquer l’extrême droite. Ce devrait être le cas de Christian Jacob, Gérard Larcher, François Baroin, Xavier Bertrand, Damien Abad, Michel Barnier et Philippe Juvin. D’autres prôneront le « ni-ni » : ni voter Macron, ni voter Le Pen. Ce devrait être la lignée de Laurent Wauquiez, Éric Ciotti, Bruno Retailleau et François-Xavier Bellamy. Les adeptes du “ni-ni” devraient être bien plus nombreux qu’il y a cinq ans. « Si je dis que je vote Macron, je suis politiquement mort en juin »avoue un député LR qui avait appelé à soutenir le candidat d’En Marche au second tour de 2017. Les députés examineront donc attentivement les scores dans leur circonscription avant de prendre position. “Pour certains, voter Macron les tue”dit l’un d’eux.

Le “ni-ni” est un vote camouflé de Le Pen : c’est irresponsable

” Le “non plus”c’est un vote Le Pen camouflé : c’est irresponsable »Un parlementaire LR manifeste déjà, soupçonnant même que certains de ses partisans comptent sur une victoire de Marine Le Pen pour “retour à la législature”. A Christian Jacob d’apaiser les tensions pour construire demain une position de compromis. Pour cela, les consignes officielles du match pourraient se résumer en “Ne votez pas pour Le Pen”, autorisant ainsi les votes blancs et nuls. Reste à savoir si elle fera l’unanimité. Et si cela suffira à éteindre le feu.

La coalition en question

« L’enjeu, ce ne sont pas vraiment les consignes de vote, estime en effet un cadre LR. La vraie question est : Macron continuera-t-il à recruter chez nous s’il est élu, et par qui ? Et certains d’entre nous sont-ils tentés par une certaine forme de coalition avec lui ? »

C’est ce débat qui pourrait précipiter l’explosion de la droite. Évoquée publiquement par le député LR Guillaume Larrivé le 21 mars dans Le Point, l’hypothèse d’un accord de coalition avec Emmanuel Macron pour construire “une nouvelle majorité” elle est actuellement rejetée massivement par les députés LR. “Ils y voient avant tout un moyen de nous tuer définitivement”, explique un parlementaire influent. Mais elle pourrait gagner du terrain si Marine Le Pen semble apte à être élue le 24 avril. « Elle n’est pas loin de la victoireun élu sarkozyste s’alarme déjà. 70% de la population vote pour les extrêmes ou s’abstient, et on pense que Macron sera réélu ? Il va y avoir une façade contre lui, et il a très peu de réserves de voix. »

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Dans ce cas, l’idée d’une coalition pourrait avoir un puissant défenseur : Nicolas Sarkozy. Tranquille en campagne électorale, l’ancien président consulte activement et a testé l’idée ces dernières semaines auprès de ses nombreux visiteurs. “Il lance des ballons d’essai expliquant que Macron est en danger et qu’il faut participer à une nouvelle majorité”selon un élu sarkozyste hostile à ce scénario. “L’idée d’un système de coalition est une bonne idée”au contraire, il approuve un autre sarkozyste, qui renverse les rôles sur… le président sortant. “Nicolas Sarkozy parlera si le score de Le Pen est élevé, mais c’est à Emmanuel Macron d’organiser les choses”, il a dit. En tout cas, les mots que Sarkozy choisira pour soutenir Macron en cas de nouveau duel avec Le Pen pèseront lourd sur l’avenir de la droite.

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