[Chronique] – Du fait de ses divisions, la gauche française donne la victoire à ses opposants politiques

Par Noureddine Amir*


Si l’insurgé Jean-Luc Mélenchon ne passe pas une nouvelle fois au second tour de l’élection présidentielle française dimanche 10 avril, l’échec est sans doute imputé à des formations politiques de gauche coupables de trop d’égoïsme, d’égocentrisme et de myopie.

En empêchant l’un des leurs de croiser le fer avec Emanuel Macron, avec de bonnes chances de le vaincre, les partis de gauche trahissent l’esprit de leur existence, c’est-à-dire la défense des intérêts du pays. Leurs slogans deviennent creux et n’ont plus aucun sens.

Ils seront considérés par les électeurs comme des formations malheureuses en persistant à présenter des candidats au concours qui n’ont pas le moindre soupçon de se voir au second tour…

Accrédité troisième dans les sondages, avec 17,4 %, Jean-Luc Mélenchon serait deuxième, loin de Marine Le Pen (24,2 %) si l’on ajoute les 4,8 % de l’écologiste Yannick Jadot, les 2,8 % du communiste Fabien Roussel et 2 % de la socialiste Ana Hidalgo. Avec 27%, le candidat de la France Insoumise arriverait même devant le candidat à la présidence Emanuel Macron qui ne recueille que 26,2%.

L’histoire retiendra alors que la division de la gauche et son obstination à présenter des chevaux sans possibilité de gagner ni même d’être placés, a été fatale aux organisations qui ont fait du social et de la répartition des richesses l’étendard qu’elles affichent dans leurs combats. .

La gauche, en se présentant en rangs épars lors des précédentes élections présidentielles, a permis à un candidat, qui n’était jamais passé par un parti politique, d’accéder à la tête de l’Etat ! Les résultats ont été immédiats : crise des gilets jaunes, réforme désastreuse des régimes de retraite… des mesures impopulaires qui l’ont poussé à reculer sans oublier la gestion chaotique de la crise du Covid 19 au début de la pandémie.

La République En Marche, qui a ouvert les bras pour accueillir les nombreux déçus (ou ambitieux !) de droite et de gauche, notamment les cadres en qui Emmanuel Macron avait confiance pour gouverner, a germé et porté ses fruits. Il semble que le jeune chef de l’Etat ait brillamment mis en pratique la devise de Larousse : “Je sème de tout le vent”.

Si la droite a trouvé une alternative dans l’extrême droite, la gauche n’a rien inventé, pas même l’apparence d’un parti d’extrême gauche, car la France Insoumise est tout sauf une formation antisystème.
Comme si la gauche manquait d’idées. C’est triste de découvrir les résultats d’une étude annonçant qu’un tiers de la population française a remporté les thèses de l’extrême droite !

Marina la Católica et Zemmour le petit dragon, faisant référence à la reine d’Espagne, Isabelle la Catholique et son mari Fernando de Aragón qui ont mis fin à une coexistence et une coexistence de plus de 7 siècles entre les adeptes des trois religions. Du jour au lendemain, musulmans et juifs ont été expulsés, dépossédés de leurs biens.

Eric Zemmour, qui baptise son mouvement « La Reconquête », s’inspire de cette période macabre de l’histoire et emprunte le nom à la Reconquête menée par les Espagnols qui s’achève en 1492, avec la chute de Grenade et l’exil de Boabdil au Maroc.

Les musulmans et les juifs d’Eric Zemmour sont les Arabes et les Noirs qui constituent le grand contingent d’immigrés, bien que lui aussi soit un pur produit de l’immigration, contrairement au Tangérois Mélenchon qui est un pied noir.

Ce ne sont pas les immigrés qui gouvernent le pays, parbleu ! Ils ne siègent pas au parlement ni dans les conseils des collectivités locales. Le problème de la France réside dans la mauvaise gestion de secteurs vitaux pour la population : l’emploi, l’éducation, la santé et le logement.

La division des composantes de la gauche française et le refus de se retirer au profit de l’une des leurs, la mieux placée dans les intentions de vote, est une erreur monumentale. Au lieu de voir ses idéaux pratiqués sur le terrain, la gauche laissera à Emanuel Macron, qualifié de président des “plus riches” par son “découvreur” François Hollande, encore cinq ans pour mener à bien d’autres initiatives qui minent le pouvoir d’achat des Français.

Ces derniers, qui ont connu la droite, la gauche, ainsi qu’un président qui n’appartient ni à l’une ni à l’autre, seront prêts à faire confiance à l’extrême droite, qu’elle soit « modérée comme l’Association nationale ou dure comme la Reconquête de Zemmour.

Pour l’anecdote, c’est François Mitterrand, qui, afin d’affaiblir la droite, décida en 1985 de donner plus de visibilité au mouvement de Jean-Marie Le Pen qui ne pesait presque rien. En ordonnant aux médias publics d’inviter Le Pen sur les plateaux de télévision, dans le cadre du pluralisme et par l’introduction du scrutin proportionnel aux législatives de 1986, qui a permis au FN d’être représenté par 35 députés. Mitterrand a créé par inadvertance le monstre qui a complètement bouleversé la vie politique en France.

L’abstention sera le principal indicateur de la déception des électeurs qui se sentent désabusés et contraints à tout moment de choisir entre le pire et le moins pire. En effet, la démocratie représentative a montré ses limites, puisque les élections ont vu apparaître des opportunistes comiques promettant monts et merveilles, incapables de tenir la moindre promesse électorale après leur victoire.

La désaffection dans les urnes risque de battre des records, à moins que les électeurs de gauche ne décident, au dernier moment, de défier tous les pronostics, de se rendre aux urnes et de voter utilement en élisant le candidat Mélenchon.

* Ancien journaliste MAP

Article19.ma

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