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Comment la guerre en Ukraine pourrait affamer les pays du Maghreb

Les sanctions du capital occidental contre la Russie et les réactions de cette dernière continuent de faire des victimes collatérales, notamment dans les pays économiquement vulnérables d’Afrique du Nord dont la survie dépend en partie de leurs importations en provenance de l’Occident, mais aussi de la Russie ou de l’Ukraine. .

Le Kremlin, qui a exportations de blé suspendues aux pays d’Eurasie, jusqu’à présent, il a sauvé les autres continents. Cependant, certains États, comme l’Algérie, sont sévèrement pénalisés pour l’exclusion des banques russes du réseau Swift, utilisé entre autres par Alger pour payer son partenaire russe. De plus, en raison de l’insécurité en mer Noire, les exportations de l’Ukraine et de la Russie vers l’Algérie ont dû être stoppées. Cette situation oblige le pays d’Afrique du Nord à rechercher de toute urgence de nouveaux fournisseurs. Et ce n’est pas facile.

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Ainsi, le 13 mars, le chef de l’Etat algérien a annoncé l’interdiction d’exporter tous les produits importés. Une décision qui risque de pénaliser lourdement des entreprises comme Cevital, leader de l’agroalimentaire, qui tire ses plus gros profits des exportations de sucre. Cette décision a pour but de compenser les déficits occasionnés, sur le marché, par une spéculation qui semble hors de contrôle. Huile comestible, pomme de terre, farine, blé… la liste des aliments visés par la contrebande et le cartel de la drogue “super grossistes” ça ne cesse de s’allonger.

Si le ministère du Commerce et le ministère de l’Agriculture et du Développement rural assurent que les produits de consommation seront disponibles en quantité suffisante pendant de longs mois encore, le spectre des pénuries commence à hanter certaines grandes villes. A Constantine ou à Béjaïa, les craintes de rupture de stock poussent surtout les gens à courir vers les entrepôts de semoule, ce qu’a conduit le président de l’Association nationale des commerçants et artisans, Hadj Tahar Boulenouarde déclarer, avec un certain cynisme, que les pénuries existaient dans les épiceries, mais pas dans les foyers, où les gens stockaient, selon lui, 4 à 5 sacs de 25 kilos de semoule.

Retour à Blé Français

Pour se préparer à de graves perturbations céréalières, pour se protéger des effets de l’embargo russe sur le blé et des restrictions affectant l’exportation de semences, les autorités algériennes ont contacté les principaux producteurs agroalimentaires du pays. Les groupes Sim et Amor Benamor, par exemple, devront optimiser leur production de semoule et de pâtes et la réserver exclusivement à un “actes de guerre”, apprend-on de source informée à Alger. L’Etat mobilise pour cette tâche tous ces moyens logistiques et tous ces leviers organisationnels, comme l’Office Interprofessionnel des Céréales qui régule la distribution de ce produit stratégique.

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Toutes ces mesures prises par les autorités suffiront-elles à protéger l’Algérie des effets de cette crise mondiale ?

Depuis 2020, l’Algérie avait commencé à diversifier ses sources d’approvisionnement, réduisant de 50 % ses importations de blé tendre de France, dont elle était le premier client, et misant sur des fournisseurs russes et ukrainiens. Aujourd’hui, pour Guerresera contraint de faire le contraire.

L’Algérie reste l’un des plus grands importateurs de blé tendre français dans le monde, ce qui lui permet de couvrir une demande nationale d’environ 10 millions de tonnes. L’objectif de réduire ses importations de 25 % l’oblige à doubler sa production. Cependant, avec la sécheresse qui frappe cycliquement le pays, cela semble être une chimère.

Toutes ces mesures prises par les autorités suffiront-elles à protéger l’Algérie des effets de cette crise mondiale ? L’économiste et consultant Abderrahmane Hadef estime que « Cette crise démontre la nécessité d’accélérer les réformes structurelles engagées ». Rappelez-vous que les autorités «ont réagi par des mesures techniques soutenant notamment l’agriculture et l’agroalimentaire» et qui cherchent à stimuler une plus grande rigueur dans la gestion des importations.

Au sujet du blé, le spécialiste juge qu’à court terme, les besoins sont bien assurés avec un stock stratégique qui nous permet de terminer cette année ». A moins que les spéculations organisées par “super grossistes” fausser cette approche. D’où la nécessité, selon lui, pour l’Etat de commander les circuits de distribution, notamment pour les produits de consommation, dont les prix sont subventionnés. pourquoi ces “super grossistes” Êtes-vous déterminé à créer ces pénurie? Réponse d’expert : «Parce qu’ils refusent de travailler avec un système commercial transparent !»

Pour un autre observateur, économiste Mohamed Achir, Algérie « a la résilience financière pour obtenir des céréales», mais encore faut-il voir comment la situation évolue pour porter un jugement définitif.

Un Ramadan pas comme les autres

Les ménages craignent avec une certaine inquiétude l’arrivée du mois de Ramadan (qui cette année coïncidera avec la première semaine d’avril), propice à la surconsommation et, par conséquent, à des dépenses plus importantes. Alors que le pouvoir d’achat continue de baisser et que la rareté touche de plus en plus de produits, les citoyens n’ont d’autre choix que d’adhérer à un régime d’austérité.

Pourtant, nombre d’entre eux ont déjà commencé à faire des provisions pour ce mois de Carême. A Béjaïa, ville côtière de l’est du pays, mais connue pour être relativement prospère, les échanges de ces derniers jours n’ont porté que sur la crise du pétrole et de la semoule. Ces deux aliments sont également très convoités par les pâtissiers et les boulangers qui doivent faire face à une demande supplémentaire en ce mois de Ramadan.

Rayons presque vides de pain et autres produits alimentaires à base de blé, dans un supermarché en Tunisie, le 13 mars 2022. | Anis Milli / AFP

Ici, les gens ne comprennent pas pourquoi la crise peut affecter un produit comme l’huile de table subventionnée, produite dans l’une des usines de Cevital située en plein cœur de la ville. Seul le pétrole non subventionné est disponible sur les étals, vendu 350 dinars (2,22 euros) le litre, contre 125 dinars (0,79 euro) pour le pétrole subventionné. Sur cette question, ni le gouvernement ni la commission d’enquête parlementaire créé en janvier dernier n’a pas pu fournir de réponse convaincante. Pour prétendre pouvoir s’approvisionner en semoule, dont la consommation double au mois de ramadan, il faut connaître quelqu’un qui travaille dans une minoterie ou dans un entrepôt, comme au moment du premier confinement, en 2020.

Politiquement, le mois sacré sera un véritable test pour le gouvernement Benabderrahmane, qui devra redoubler d’efforts pour répondre à une demande aussi pressante et stopper les conséquences de la guerre russo-ukrainienne sur l’économie. Pour cela, il lui faudrait se battre sur plusieurs fronts : contrôle des prix, lutte contre la contrebande, etc.

Le Maghreb en ébullition

Dans le reste des pays du Maghreb, la situation semble plus complexe. Au Maroc et en Tunisie, une émeute de la faim se profile, avec la montée inquiétante des troubles dans les centres-villes qui souffrent déjà depuis des années du sous-développement.

Dans le royaume alaouite, les manifestations dénonçant la hausse des prix continuent d’ébranler le pays. Des scènes de pillage filmées en février dernier sur un marché aux légumes illustrent la gravité de la situation. Et cette crise vient de s’aggraver avec les conséquences de la guerre en Ukraine. Fraîchement installé, le gouvernement Akhannouch risque d’en payer le prix.

Même désordre en Tunisie, engluée dans une grave crise politique depuis plusieurs mois. Economiquement, le pays est au bord de la faillite, et vit des aides accordées par d’autres, comme l’Arabie saoudite ou l’Algérie. Lors de sa visite à Alger le 2 février, le président tunisien Kaïs Saïed s’est vu remettre par son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune un chèque de 150 millions de dollars sous forme de dépôt de garantie «aider la Banque Centrale de Tunisie à obtenir les financements demandés auprès des institutions internationales».

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Vivant principalement du tourisme, la Tunisie aura perdu en deux ans 25% de vos revenus de ce secteur, en raison de la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, une grande sécheresse menace son agriculture et cette nouvelle guerre la prive de blé, dont elle est aussi un gros importateur. Sur Twitter, un internaute d’origine tunisienne écrit : «Hier j’ai parlé au téléphone avec ma grand-mère, elle est inquiète. La Tunisie est au bord de la famine. C’est une des conséquences de la guerre en Ukraine et du réchauffement climatique, parlons-en !» Il est peut-être temps d’agir…

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