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Crise en Ukraine : fortes hausses du prix du pain baguette dans de nombreuses capitales africaines

#Côte d’Ivoire : La crise ukrainienne commence vraiment à se faire sentir en Afrique avec des prix exorbitants pour de nombreux produits alimentaires. Ainsi, des hausses comprises entre 15 et 20% ont été observées sur le prix des baguettes dans plusieurs capitales africaines.

Sans surprise, le prix de la baguette grimpe partout. En général, les autorités ont fini par accepter les hausses de prix demandées par les boulangers qui font face à des hausses du prix de la farine après la hausse du prix du blé sur le marché mondial.

Le prix de la céréale la plus consommée au monde est ainsi passé de 240 $/tonne en janvier 20220 à 270 $/tonne en janvier 2021 avant d’atteindre 350 $/tonne en janvier 2022, bien avant le déclenchement de la crise alimentaire ukrainienne. En raison de cette crise, le prix de la tonne de blé a largement dépassé la barre des 400 dollars avant d’enregistrer une chute à 398 dollars mercredi 6 avril sur Euronext. Il faut dire que la Russie et l’Ukraine représentent à elles seules 30 % du commerce mondial du blé.

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En conséquence, et compte tenu de l’augmentation du fret maritime due à l’augmentation du coût du carburant, le prix du blé importé livré aux ports africains s’est envolé, entraînant le prix de la farine nécessaire à la fabrication du pain, poussant les boulangers à répercuter cette augmenter pour le consommateur afin de ne pas réduire ses marges. Et les gouvernements des pays africains, ainsi que ceux d’Afrique du Nord, ont généralement accepté ces augmentations, sans quoi les boulangers ont fait subir à la baguette une cure d’amincissement pour réduire son prix de revient.

Au Sénégal, avant même la crise en Ukraine, le prix de la baguette avait augmenté à la mi-décembre 2021, passant en décembre 2021 de 150 FCFA (0,23 euro) à 175 FCFA (0,27 euro) la baguette, soit une augmentation de 16,67 %. La ministre du Commerce et des Petites et Moyennes Entreprises, Aminata Assome Diatta, a annoncé la nouvelle de 25 francs CFA (FCFA), avec « effet immédiat ». Cette décision était justifiée par la hausse des cours mondiaux du blé et la nécessité de “sauver des emplois” dans le secteur de la boulangerie.

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Aussi, si le prix de la baguette a augmenté, son poids devrait aussi, en théorie, légèrement augmenter de 190 à 200 grammes.

Seule cette hausse s’est produite en décembre dernier, bien avant que l’invasion de l’Ukraine par la Russie n’entraîne une hausse sans précédent du prix du blé et donc de la farine nécessaire à la fabrication du pain. Du coup, les boulangers souhaitent une nouvelle révision à la hausse du prix de la baguette. A défaut, certains pointent du doigt une cure minceur baguette. Une réduction de poids qui tend à réduire le coût de la baguette pour le boulanger, mal perçu par le consommateur.

Toujours au Cameroun, le prix des baguettes a augmenté de 25 FCFA passant de 125 FCFA à 150 FCFA soit une augmentation de 20%. Là aussi l’explication est simple. Le prix du sac de farine a considérablement augmenté, passant en quelques semaines de 19 000 FCFA à 24 000 FCFA, soit une augmentation de plus de 26,3 %. Situation dérivée de la hausse du prix du blé sur le marché mondial. Ainsi, alors que la tonne de céréales livrée au port de Douala valait 250 euros en moyenne ces 5 dernières années, elle est passée à 470 euros à la mi-mars, soit 88 % de plus.

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Même constat en Côte d’Ivoire. Après avoir longtemps soutenu que les prix des matières premières resteraient stables grâce aux subventions, les autorités ont fini par lâcher du lest face à la demande persistante des boulangers. La semaine dernière, le gouvernement ivoirien a annoncé une réorganisation du prix du pain baguette. Ainsi, les prix des baguettes de 193 grammes et 232 grammes sont fixés respectivement à 150 francs CFA (FCFA) et 200 FCFA.

Ces augmentations sont acceptées par les autorités qui font valoir la nécessité de préserver le secteur de la boulangerie qui fait face à l’augmentation du coût de la farine. Ainsi, en Côte d’Ivoire, un sac de farine de 50 kg est passé de 11 500 FCFA dans les années 2000 à 22 000 FCFA en début d’année avant de monter à 30 000 FCFA aujourd’hui. Une situation impossible à maintenir pour les boulangers sans le soutien des autorités sous forme de subventions et une révision du prix de la baguette.

Toujours au Gabon, en février dernier, le prix d’une baguette de 170 ou 190 grammes était passé de 110 FCFA à 125 FCFA, soit une hausse de 13,63%. Une augmentation justifiée par la hausse du prix du sac de farine qui est passé en février de 16 000 FCFA à 19 000 FCFA. Cependant, compte tenu de la nouvelle hausse des prix du blé, les autorités maintiennent le prix de la baguette stable.

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En RD Congo voisine, le prix prix est resté le même. Cependant, le grammage du pain (poids) a beaucoup diminué. Une baisse a justifié le rebond du prix du blé sur le marché international suite à la crise ukrainienne qui a provoqué une hausse du prix de la farine.

En plus des augmentations acceptées par de nombreux gouvernements de pays africains, d’autres mesures sont prises pour atténuer le coût de la farine. Ainsi, en Côte d’Ivoire, les autorités ont décidé d’exonérer de droits de douane le blé importé afin de réduire le prix de revient du blé importé. De même, ils ont adopté une fiscalité et un financement adéquats pour soutenir le secteur de la boulangerie.

De plus, compte tenu de la persistance des prix élevés du blé, dans certains pays l’introduction de farines locales à base de tubercules (manioc notamment) et de céréales locales (sorgho, mil, etc.) est encouragée dans la production de pain afin de réduire la proportion de farine de blé importée et ainsi maintenir le coût de la baguette à un niveau acceptable pour le consommateur autant que possible. La production de pain à base de céréales et de tubercules locaux a déjà été testée avec succès dans certains pays africains, dont le Cameroun. Et la hausse exceptionnelle du prix du blé devrait conduire à de nouvelles expériences dans ce domaine.

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A noter que dans les pays d’Afrique du Nord, les prix des baguettes ordinaires sont restés fixes. Le pain n’a pas la même valeur sociale au Maghreb qu’en Afrique subsaharienne. Ainsi, toute augmentation, même minime, du prix du pain déclencherait des émeutes dans cette région. De ce fait, les gouvernements tentent d’éviter, surtout dans la situation sociale difficile actuelle, marquée par l’inflation et la perte de pouvoir d’achat, les tensions sociales. De ce fait, ce sont les budgets de l’Etat qui sont sollicités à outrance pour atténuer l’impact de ces hausses en alourdissant significativement la facture de subvention du blé et de la farine.

Cependant, des pénuries sont observées dans certains pays comme la Tunisie. Dans d’autres, notamment en Algérie, certains boulangers n’hésitent pas à produire davantage de pain non subventionné qui est vendu à un prix beaucoup plus élevé, au détriment du pain ordinaire subventionné dont le prix est réglementé, afin d’améliorer leurs profits.

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