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critique de comédie dure queer

Le Tan dans le Goulag

Si le premier travail Crevettes brillantes c’était un road movie humoristique sur une équipe de water-polo queer qui devait accueillir un athlète homophobe (sa soif de compétition et de performance contredisant son désir de représentation), c’était surtout une comédie scolaire, et parfois graveleuse pour notre plus grand plaisir.

C’est la plus grande différence avec ce nouveau travail, La revanche de la crevette brillante. Sortir du personnage du road movie. Nous avons trouvé les crevettes sur le chemin des Gay Games à Tokyo. Mathias (Nicolas Gob) introduit un nouveau venu dans l’équipe, Sélim (Bilal El-Atreby). Jeune de l’autre côté du périphérique, ses qualités athlétiques ne sont pas au rendez-vous, même s’il n’a pas l’air d’être de la même humeur que le reste du collectif (sous-entendu qu’il n’aime visiblement pas les blagues sur la sodomie).

Problème : Suite à une erreur de réservation, ils doivent passer une nuit dans un hôtel d’une ville russe. Et le pays n’a pas la réputation d’être très gentil avec les homosexuels. Cette nuit (et les jours suivants) sera alors propice à de nombreuses péripéties et à la confrontation avec la réalité de l’homophobie à des milliers de kilomètres de la France..

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La revanche de la crevette rougeoyante : photoQuand t’as cinq mois de tournage à -20° devant

Suffit de dire oui l’aspect comique est toujours présent grâce à l’extravagance des Camarones et leurs dialogues costumés, et ce parfois dans les moments les plus durs de l’intrigue, force est de constater que le ton a changé pour devenir beaucoup plus dur. Le film est extrait de son personnage comique au message convenu pour devenir un vrai drame l’un des points forts est la fin (qui parvient à utiliser un personnage secondaire avec brio).

Si la tragi-comédie pouvait se souvenir au revoir les idiots d’Albert Dupontel et parvient à remplir son objectif (envoyer des personnages résolument comiques dans des situations dramatiques), c’est qu’il s’en donne les moyens avec images choquantes : thérapie de conversion par électrochocs, diatribe des applications de rencontres gay, classe de catéchisme effrayant. Si certaines se démarquent par leur contenu, d’autres sont aussi d’authentiques propositions scéniques (qu’il nous est malheureusement impossible d’évoquer sans en dévoiler le contenu).

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La revanche de la crevette brillante : Photo, Félix Martinez, Geoffrey Couet, Nicolas Gob, Romain BrauDes stagiaires fuyant la réunion hebdomadaire sur grand écran, colorisés

Boule à facettes

La force de La revanche de la crevette brillante, c’est sa distribution variée et ensoleillée. David Baiot reste précis dans son apparente légèreté, Romain Brau ajoute une touche de féminité acide, tandis que Félix Martinez se révèle sensible et émouvant, là où Geoffrey Couët réalise l’une des meilleures séquences du film.

Dommage cependant que l’écriture est l’un des principaux obstacles à la narration d’histoires. Tous nos jocks du dimanche sont des pions qui n’avancent que parce qu’ils ont un problème à résoudre (et tous évidemment interconnectés dans leur résolution), en plus de leur départ de Russie pour se rendre à Tokyo.

La Revanche de la Crevette Brillante : Photo, Romain Lancry, David Baiot, Geoffrey Couet

La Russie soviétique, pas rose tous les jours

Que ce soit le deuil d’Alex par Jean, la quête de féminité de Fred ou le désir de Vincent d’être reconnu en son compagnon, c’est sa seule motivation. Un look unidimensionnel qui trouve son paroxysme avec le nouveau venu Sélimreprésentation d’une jeunesse de banlieue agressive et muette, dont l’environnement les empêche d’affronter leur orientation sexuelle.

Quant à la scène, on s’en souvient tout de même. Les résolutions des problèmes des personnages sont cousues de fil blanc, les fusils de Tchekhov (un détail apparent qui, en fait, aura une importance primordiale plus tard dans l’histoire) sont immédiatement visibles pour le spectateur, et la surprise ne vient qu’avec l’impact causé par certaines séquences.

La revanche de la crevette rougeoyante : photo

Physique imposant, rôle insignifiant

POOL, fou de crawlers

Cependant, régulièrement le film fait oublier qu’on est sur la bonne voie. En premier lieu parce qu’elle remplit son histoire de nombreuses références dont nous nous régalons, Priscilla, folle du désert, à Mylène Farmer ou François Ozon. Mais aussi parce qu’il s’offre de magnifiques coups, dont un sous la glace.

Plus que la beauté ou les ordures, l’histoire est multicolore. Certains personnages découvriront l’enfer de la thérapie de conversion au fin fond d’une Russie monochrome où d’autres connaîtront une épiphanie militante dans des boîtes de nuit queer speakeasy remplies de néonsnavré par la disparition de certains de ses habitués pendant les souris.

Cette versatilité est caractéristique du film (et pas seulement limitée à sa direction artistique saisissante qui complète le gris de la Russie), capable de faire le grand écart en permanence, l’empêchant d’être monolithique. Ce personnage se retrouve également sur la bande originale, qui s’amuse à mêler musique soviétique traditionnelle et pop iconique (David Bowie, Britney Spears) pour mieux retranscrire l’émotion de ses personnages. Si vous n’atteignez toujours pas la cible, La revanche de la crevette brillante il peut au moins revendiquer l’ironie d’être étonnamment hétéroclite.

La Revanche des Crevettes Brillantes : Affiche

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