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critique d’un pétard mouillé sur Netflix

gros petits mensonges

Anatomie d’un scandale avait évidemment tout de la recette parfaite pour David E. Kelley. Adaptée du roman éponyme de Sarah Vaughan, la mini-série en six épisodes basée sur les actes du secrétaire à l’Intérieur britannique, James Whitehouse. Alors qu’il vit une vie de reves avec son épouse Sophie et leurs deux bambins, les tabloïds voient qu’il a eu une liaison avec l’une de ses assistantes.

et c’est le début d’une longue procédure judiciaire lorsque la jeune assistante, Olivia Lytton, va carrément le poursuivre en justice en l’accusant de viol. James Whitehouse répondra des (possibles) actes du tribunal correctionnel et contre l’avocate déterminée d’Olivia, Kate Woodcroft (superbement incarnée par la rare troupe Michelle Dockery). Autant je dirai qu’après qu’un pitch va paraître, David E. Kelley n’aidera pas ce que dans son élément.

Anatomie d'un scandale : photo, Sienna Miller, Rupert FriendUne famille a priori parfaite…

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Après avoir exploré, avec plus ou moins de réussites, la haute bourgeoisie californienne et new-yorkaise avec De gros petits mensonges puis Le dénouement, il s’attaque donc cette fois carrément à l’élite politique britannique. Encore une fois, le récit va nous plonger dans les coulisses d’un couple semblant mener une vie parfaite pour mieux sonder les fausses apparences de leur idéal illusoire. Et encore une fois, il va évidemment le faire en grande partie à travers les yeux d’une héroïne, ici Sienna Miller, pour mieux mettre en avant la masculinité toxique englobant une forme de pouvoir (encore).

Bref, c’est du tout fait pour David E. Kelley et lorsqu’on découvre les six épisodes d’anatomie d’un scandale, On ne peut pas dire que monsieur a totalement perdu la main. Incontestablement, avec trois formats resserré, la série Netflix parvient à captiver. Ils rythment est d’une efficacité redoutable et ses petits cliffhangers de fin d’épisodes donnent envie de s’accrocher, voire de lancer immédiatement l’épisode suivant. Problème : c’est à peu près tout ce qu’on retient de son nouveau cru, puisque passé son merveilleux tempo, Anatomie d’un scandale ne s’élève jamais.

Anatomie d'un scandale : Photo Sienna Miller, Rupert Friend… où le doute va s’immiscer

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AUTOPSIE D’UN VIOL

Il y avait pourtant des pistes scénaristiques (et sociales) passionnées dans la série Netflix. D’abord, le thriller judiciaire autour du scandale sexuel et de l’accusation de viol, offrant de multiples questions écrasantes sur les écrans post-#MeToo sur le consentement, la culpabilité, la perception et la quête difficile (voir impossible) d “Une vérité ou justice pour ce genre d’affaires”. Puis, le thriller politique et la descente aux enfers d’un homme de pouvoir, dont le récit fera un plaisir de le confronter à ses privilèges et finalement à ceux de toute une élite de quasi-intouchables (oui, le Premier ministre n’est pas tout net dans cette fiction).

Malheureusement, même des deux n’a le droit à un traitement digne de ce nom. Contraire, la série est d’une superficialité désespérante, ne s’attardant jamais réellement sur ses thématiques elle préfère se concentrer sur l’efficacité de sa narration. Et c’est dommage, car avec ses sujets, Anatomie d’un scandale aurait pu être une grande réflexion sur le consentement sauf que la victime, Olivia Lytton, disparait très vite du récit (sans qu’on ne comprenne vraiment comment ni porquoi).

La série aurait aussi pu faire le portrait mordant des élites croyant tout permis sauf qu’elle survole trop le sujet, reléguée à quelques coups de fil entre deux couloirs. Bref, elle aurait pu critiquer violemment les confréries des grandes écoles (dont les membres masculins et leurs agissements inappropriés sont trop souvent des excuses sans raison valable autre que leur argent et futur pouvoir), sauf que cela ressemble plus à un exposé qu’une véritable dénonciation.

Anatomie d'un scandale : Photo Sienna MillerUne mise en scène pleine de fausses bonnes idées

Bref, non seulement Anatomie d’un scandale aurait pu être un divertissement hyper-rythmé, jouant admirablement avec les codes sériels, tout en menant à bien sa grande analyse des affaires d’une sphère politique faisandée et d’une société malade, où les apparences comptent souvent plus que la vérité. Plus enfin, la grande série n’est qu’une petite distraction pleine de suspensereposant uniquement sur son histoire et restant à la surface des richesses proposées qu’elle dissimule.

De plus, si la série est régulièrement tendue, elle s’appuie sur des lignes de dialogues très fades (même lors des plaidoiries ou témoignages au tribunal) n’explorant jamais le regard de ses personnages (puisqu’elle jongle des uns aux autres sans fil conducteur). Pire, avec sa sur-utilisation agaçante des flashbacks, baignant eux-mêmes au coeur d’une surabondance de plans flous idiots (quelle horrible idée de mise en scène signée S J Clarkson), et de plans débullés (ou ralentis) trop nombreux pour avoir un quelconque écho sur la psyché des personnages, Anatomie d’un scandale fini par plongeur tête la première dans le savon (avec un twist saugrenu dans l’épisode 4). Décevant.

Anatomie d’un scandale est disponible sur Netflix intégralité en France après le 15 avril 2022

Anatomie d'un scandale : Affiche US

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