Cyrille Dion | pour le reste du monde




Demain, un long métrage documentaire que Cyril Dion a coréalisé avec Mélanie Laurent en 2015, a conscientisé le monde à la crise des changements climatiques et aux solutions qui s’offrent à l’humanité. Animal expose maintenant la grande crise écologique découlant de l’extinction d’espèces animales pour non seulement comprendre le phénomène, mais aussi pour trouver des solutions. Le cinéaste nous a accordé un entretien en visioconférence.

Publié à 6h00

Marc-André Lussier

Marc-André Lussier
La Presse

Au cœur de votre documentaire se trouvent deux jeunes militants âgés de 16 ans : Bella Lack, étudiante à Londres qui milite pour les droits des animaux, et Vipulan Puvaneswaran, qui s’est engagé dans des grèves pour le climat. Comment Animal est-il né ?

L’idée m’a d’abord été soumise par Walter Bouvais, qui cosigne le scénario avec moi. J’ai accepté de réaliser ce film à la condition qu’en tentant de comprendre le phénomène de la disparition des espèces, nous puissions aussi offrir des pistes de solution. Au même moment, j’ai participé à plusieurs manifestations pour le climat un peu partout sur la planète, et je me suis alors rendu compte à quel point les jeunes ont vraiment une vision apocalyptique de l’avenir, à travers laquelle ils n’entrevoient aucun futur pour eux. Voir la vie de façon aussi sombre à 16 ans, vous vous rendez compte ? J’ai donc eu envie de raconter une histoire où des adolescents d’aujourd’hui entreprennent eux-mêmes une réflexion en explorant le sujet d’un peu plus près. Mon pari était de leur faire vivre un voyage à la fois géographique et initiatique, et voir comment leur regard sur le monde a pu évoluer.


PHOTO ERIC GAILLARD, ARCHIVES REUTERS

Au Festival de Cannes, Cyril Dion était entouré des deux protagonistes de son film Animal, Vipulan Puvaneswaran et Bella Lack.

Cette génération ne semble pas encore avoir l’écoute réelle de la classe politique ni des générations qui l’ont précédée. Est-il possible que cette fracture générationnelle se résorbe ?

C’est comme ça depuis que le monde est monde. On n’a qu’à regarder ce qui s’est passé au cours des années 1960 et 1970. La vision des jeunes de l’époque était en rupture avec celle de leurs parents. C’est tout naturel. J’ai rencontré Vipulan pour la première fois lors d’une visite de Greta Thunberg à Paris, place de la République. Il y avait tellement de journalistes et de photographes qu’on se serait cru au Festival de Cannes ! La jeunesse a beaucoup pris la parole à ce moment-là, ce qui est une très bonne chose. Le problème est que leur parole n’est pas considérée ensuite pour mettre en œuvre des mesures sur le plan politique. Mais cet écueil n’est pas seulement vécu par la jeunesse ; il est commun aux militants de tous les âges.

Un projet de long métrage documentaire comme Animal n’est-il pas destiné seulement à ceux qui partagent déjà les convictions des mouvements écologistes ?

C’est un risque. Mais grâce à Demain, nous avons dépassé le cercle militant pour atteindre un très vaste auditoire. Le film a beaucoup été vu, a été présenté dans une trentaine de pays et a suscité une vraie discussion. À cause de la COVID-19, Animal n’a pas eu une carrière en salle similaire en France, mais la couverture médiatique a été si grande que même des gens n’ayant pas vu le film connaissent son existence et savent de quoi il s’agit. Il y a là une première victoire, car le message se rend d’une façon ou d’une autre.


PHOTO FOURNIE PAR MAISON 4:3

Bella Lack et Vipulan Puvaneswaran sont les deux protagonistes d’Animal, film de Cyril Dion.

En Amérique du Nord, tant aux États-Unis qu’au Canada, il existe un courant politique où l’on nie pratiquement l’existence des changements climatiques et des bouleversements écologiques. Ce courant climatosceptique est-il aussi important en France ?

Heureusement, pas vraiment. En tout cas, pas autant qu’en Amérique du Nord. Un politicien, même d’extrême droite, qui nierait la réalité des changements climatiques serait très mal vu. Nous devons plutôt mettre nos efforts à combattre le greenwashing, c’est-à-dire un phénomène à travers lequel de faux sympathisants écologistes font semblant de l’être par pur intérêt. Ils sont souvent incarnés par des politiciens dont les actions ne correspondent pas du tout à leur discours. On essaie de dénoncer ce double jeu, qui existe aussi chez vous. Un moment donné, il faut quand même choisir son camp !


PHOTO FOURNIE PAR MAISON 4:3

Bella Lack, Vipulan Puvaneswaran et l’éthologue et anthropologue Jane Goodall dans Animal, film de Cyril Dion

Depuis quelques années, la forme du long métrage documentaire a connu un essor populaire considérable, particulièrement sur les plateformes numériques. Comment l’expliquez-vous ?

Je crois que les gens ont soif de réel. On observe aussi ce phénomène dans la fiction, grâce à des longs métrages basés sur des faits réels – par exemple Grâce à Dieu, de François Ozon –, reconstruits de façon très méticuleuse. Cet appétit bénéficie au documentaire. Les films qui traitent d’écologie obtiennent même un si beau succès qu’une section particulière leur a été consacrée l’an dernier au Festival de Cannes [où Animal a été lancé]. Cela étant dit, je pense que le genre traverse un petit moment en ce moment parce que les gens ont l’impression d’avoir tout vu. En ce sens, le phénomène ne regarde pas me fascine complètement.

Pourquoi êtes-vous si fasciné par ce long-métrage d’Adam McKay, avec Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence, proposé sur Netflix ?

Je pense qu’Adam McKay a trouvé un moyen de réinventer le genre du film d’horreur d’une manière remarquable en utilisant la satire, l’humour et un casting de stars. C’est un sillon que j’aimerais beaucoup creuser. Cela m’a fait réfléchir. rayonnement de ne regarde pas il est si grand que tout le monde regarde cette nouvelle forme du coin de l’œil. Cela montre que même avec un discours très engagé, il est possible de toucher un public très large. C’est une stratégie très efficace.

Animal sort en salles le 15 avril.

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