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Dans son dernier livre Conversations avec le Président, Samuel Pruvot va se confesser à Emmanuel Macron

L’auteur est un récidiviste. on lui doit déjà Le Mystère Sarkozy et François Hollande, Dieu et la République, deux premiers ouvrages dans lesquels il avait interrogé les deux prédécesseurs d’Emmanuel Macron sur leur spiritualité. A un mois du premier tour de la présidentielle, c’est au tour d’Emmanuel Macron, sans doute le plus “mystique” des trois derniers chefs d’Etat de passer aux aveux.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre?
De par ma formation en sciences politiques et en histoire, je m’intéresse particulièrement à deux choses de la vie : l’histoire politique française et la vie religieuse en France. Et depuis quelques années, je creuse ce même sillon, à savoir la place qu’occupe la religion dans l’exercice du pouvoir. Dans les précédents livres politiques que j’ai écrits sur Nicolas Sarkozy et François Hollande, j’ai toujours insisté sur leur rapport intime avec la religion.

Le livre a été publié quelques semaines seulement avant le premier tour des élections présidentielles. Est-ce pour éclairer le vote catholique ?
Mon objectif principal n’était pas d’écrire pour les catholiques, mais sur les questions religieuses au sens large, paramètres très importants de la vie politique française. Bien sûr, dans la mesure où les questions sociales sont particulièrement importantes pour les catholiques pratiquants, en savoir plus sur la relation d’Emmanuel Macron à ces questions peut influencer le vote.

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Quel est le catholique Emmanuel Macron ?
Emmanuel Macron ne se définit pas comme catholique, mais il revendique une culture chrétienne. Il a manifestement un intérêt personnel pour le protestantisme. Le discours qu’il a prononcé en septembre 2017 à l’occasion du 500e anniversaire de la Réforme protestante n’a pas demandé beaucoup d’efforts de sa part, tant le sujet le passionne. Plus que la Bible, c’est l’interprétation de la Bible – l’herméneutique – qui le fascine. En revanche, il se sent plus éloigné de l’islam, à la traîne dans cette tâche d’interprétation du texte sacré. Et bien qu’il reste optimiste, évoquant l’islam des Lumières, ce courant est aujourd’hui ultra-minoritaire.

Qu’avez-vous appris sur sa personnalité après ce que vous qualifiez d’échanges « intenses » ?
J’ai eu l’occasion d’interviewer de nombreuses personnalités politiques. La plupart d’entre eux étaient très intelligents, mais ils savaient aussi être attirants. Avec Emmanuel Macron, c’est autre chose. On est un peu devant un athlète hors catégorie tellement qu’il occupe toute la place. Il est ultra-brillant, bien sûr, il parle sans notes, mais il ne s’arrête jamais. Nous sommes repartis complètement lavés par l’intensité de l’échange. Les autres interlocuteurs se sont toujours permis des apartés. Des moments que les journalistes adorent. Contribue à la qualité de la réunion. Avec Emmanuel Macron, pas de temps mort. Il ne s’éloigne jamais de son sujet. La seule chaleur qu’il exprime vient de son regard, mais là encore il y met une intensité folle !

Si vous deviez comparer Emmanuel Macron à ses deux derniers prédécesseurs, que diriez-vous ?
Paradoxalement, Emmanuel Macron se révèle très proche de Nicolas Sarkozy. Pas du point de vue de la psychologie, bien sûr. Emmanuel Macron est un animal froid, toujours en contrôle, tandis que Nicolas Sarkozy est hyper-instinctif, sans filtre. Mais tous deux conviennent que si la République est laïque, la religion est une question politique normale. Ils n’ont aucun traumatisme, aucune dispute avec le catholicisme. Avec François Hollande, c’est l’inverse. Il y a beaucoup de bonhomie en lui, mais quand il s’agit d’affaires intimes et religieuses, cela l’agace et il se transforme en glaçon. Du fait de son père, très attaché à l’Algérie française, il a toujours associé le catholicisme à l’extrême droite. Cela explique sa dureté avec la Manif pour tous. Pour lui, les catholiques sont presque tous des réactionnaires, des fachos.

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Le Macron de 2022 est-il le même que le Macron de 2017 ?
Absolument pas. Bien sûr, il prétendra le contraire, il essaiera de se convaincre qu’il n’a pas changé depuis cinq ans, mais ce n’est pas vrai. Ce n’est vraiment pas sa faute, avec la révolte des gilets jaunes, la menace terroriste persistante, la pandémie, la réalité et la dureté de l’exercice du pouvoir lui ont été imposées. Il aura peut-être l’humilité de l’admettre…

A-t-il réussi à concilier la République et la religion ?
Honnêtement, je répondrai “peut mieux faire”. Prenons l’exemple de l’Islam en France, serpent de mer sous la Ve République, sur lequel ses prédécesseurs se sont cassé les dents. Emmanuel Macron a annoncé en grande pompe qu’il allait forger un islam de France, outil représentatif de la diversité de l’islam qui serait l’interlocuteur des pouvoirs publics. Échec. Ce site est tel qu’il l’a trouvé au début de son quinquennat, peut-être encore plus abîmé.

Comment est-il perçu par la communauté catholique ? Vous avez des propos très durs à son égard, allant jusqu’à parler de “trahison contre la patrie” en référence à la loi de bioéthique, à la PMA ou à la liberté de culte menacée pendant la pandémie.
Le mot “trahison” est peut-être trop fort, mais il y a un sentiment général de déception. Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron, président de la nouvelle génération, sans contestation avec les catholiques, ces derniers s’attendaient à autre chose. Dans la PMA ils ont l’impression d’avoir beaucoup parlé, beaucoup discuté, mais qu’au final ça n’a pas aidé. Ils ont également eu une assez mauvaise expérience avec la loi anti-séparatisme, en particulier les restrictions sur l’enseignement à domicile. Les parents qui s’adressaient à lui n’aimaient pas se faire passer pour des “stagiaires salafistes”. Mais il ne faut pas non plus dramatiser et faire passer Emmanuel Macron pour un tyran. Les catholiques pratiquants ont peut-être été trop naïfs à propos de l’exécutif. Mais malgré leurs divergences, il n’est pas dit qu’ils ne voteront pas à nouveau (2) majoritairement pour Emmanuel Macron, comme en 2017.

Le rapport d’Emmanuel Macron à la religion donne l’impression de “je t’aime, moi non plus”. Encore une fois, est-ce le fameux « en même temps » ?
Absolument. Rappelons qu’Emmanuel Macron s’est fait baptiser à l’âge de 13 ans, contre l’avis de son père. Elle a encore quelque chose de cette culture catholique, de son intérêt pour le mystique. Et lorsqu’il est arrivé à l’Elysée, il a fait des déclarations d’amour aux différentes communautés, avec une certaine sincérité. Mais Emmanuel Macron est un homme qui ne veut rien devoir à personne. Pour rester libre, il ne se donnera jamais à aucune communauté. Quand il doit décider, il est capable de décider, même si ça fait mal.

Comment jugez-vous votre vision de la laïcité ?
Au terme du quinquennat, on a assisté à un revirement de sa part. Il y a cinq ans, le jeune président avait une interprétation assez libérale de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905. Une lecture proche de celle d’Aristide Briand garantissant la liberté des cultes. Mais on a l’impression que les circonstances politiques, la pression de l’islamisme l’ont amené à se méfier des religions qu’il considère désormais davantage comme une menace à l’ordre public.

1. Conversations avec le président – Des dieux, la France et la Républiquepublié aux Editions du Cerf

2. Selon un sondage Ifop réalisé pour La Vie et rendu public le 24 mars, un bon quart (28 %) des catholiques pratiquants opteraient pour le président Emmanuel Macron, tandis que 20 % choisiraient Valérie Pécresse, la candidate de la droite classique. . Éric Zemmour, du parti nationaliste Reconquête ! il ferait pratiquement jeu égal avec le candidat LR, avec 19 %, tandis que 15 % voteraient pour Marine Le Pen du Rassemblement national.

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