Deepfake porn : “Mon corps n’est pas un objet qui peut être utilisé sans ma permission”

300 films pornographiques, dans lesquels les visages d’actrices porno ont été remplacés par le leur, sans leur consentement. C’est le nombre effarant de faux trouvés sur Internet par Énora Malagré et son avocat. Et là encore, l’actrice et animatrice soupçonne que ce dernier ne lui a pas indiqué le nombre exact de fausses vidéos qui contiennent son image. Vous voulez sans doute la protéger de ce vertige. De cet événement traumatisant, encore trop frais.

Après vingt minutes deentrevueil devient de plus en plus difficile de témoigner sans sangloter. Il y a à peine six mois, Énora Malagré apprenait qu’elle était victime de contrefaçons profondes (contraction de “deep learning” et de “fake”, que l’on peut littéralement traduire par “fausse profondeur”) à caractère pornographique. Il y a à peine six mois, je ne savais même pas ce que signifiait cette expression anglaise, “l’existence même du processus”.

perplexité et confusion

est un collègue de enquête exhaustive qui sont tombés sur ces montages pornographiques la mettant en scène alors qu’ils faisaient des recherches sur ce grave problème de société. les équipes de France 2 Informez Enora, envoyez-lui des captures d’écran pour qu’elle comprenne de quoi il s’agit.

Je me souviendrai toute ma vie de ce moment où j’ai cliqué sur l’image. J’ai éclaté en sanglots et j’ai ressenti des nausées physiques.

“Je me souviendrai toute ma vie de ce moment où j’ai cliqué sur l’image qui était en train d’être téléchargée, je me suis mise à pleurer et j’ai ressenti des nausées physiques, j’avais envie de vomir”, se souvient la victime avec douleur. Seule devant son bureau, Énora la “balance” téléphone intelligent“dégoûter”.

Stupeur, colère, et puis… le petit mais terrible moment de confusion. “La fameuse seconde où vous vous demandez si c’est vous sur la photo.”

Le deepfake pornographique a la particularité d’être tellement bien fait, tellement réaliste, qu’on ne se rend pas compte qu’il s’agit d’un montage.“, prévient Maître RaquelFlore Pardo, qui défend les victimes de cyberviolences sexistes et sexuelles. D’où le problème qu’elle crée chez la victime.

“Encore aujourd’hui je n’arrive pas à expliquer ce sentiment, je n’arrive pas à contrôler ce sentiment”, avoue Énora Malagré, troublée. La femme à la télévision travaille actuellement avec son psychiatre sur ce “mécanisme recherché par les agresseurs”, ce moment douloureux où elle a considéré que c’était bien son corps.

Le spécialiste vous aide également à “accepter que la faux profond la pornographie est une forme d’agression sexuelle“Je me suis vu – enfin, mon visage – avoir des relations sexuelles qui n’étaient pas consensuelles. Je pensais que c’était une agression sexuelle. Alors je me suis sentie coupable devant les victimes d’autres violences sexuelles d’avoir formulé cette idée. J’en ai eu envie presque instantanément », raconte la femme de 41 ans avec une boule dans la gorge.

C’est pourtant précisément la volonté des agresseurs cachés derrière leurs écrans, selon Ketsia Mutombo, présidente et co-fondatrice de la collectif féministes contre le cyberharcèlement : que la victime découverte greffée sur une vidéo pornographique, dans des positions humiliantes, se sente agressée sexuellement, “pour la détruire psychologiquement, pour l’humilier dans sa chair, pour la rendre très violemment à sa sexualité.”

Harceler et humilier les femmes.

Un gros faux, deux victimes féminines. Celle dont le visage a été collé à un autre corps, mais aussi celle dont “l’image de son corps est déviée”, pointe à juste titre l’avocate Rachel-Flore Pardo, co-fondatrice de jeassociation arrêter de pêcher, qui lutte contre les violences sexuelles et sexistes en ligne, et co-auteur du manuel Lutte contre le cybersexisme (Éditions Leduc).

Le deepfake pornographique est une violence de genre.

Ces vidéos pornographiques manipulées “grâce” à l’intelligence artificielle s’adressent exclusivement aux femmes et représentent 96% de l’ensemble Faux profonds, selon le sondage alarmant publié en 2019 par suivi en profondeurSociété néerlandaise spécialisée dans cette technologie.

“Le faux profond La pornographie est une violence de genre. Dans nos sociétés qui associent nudité et sexualité, la sexualité des hommes est acceptée, donc leur nudité les expose à très peu de violence », analyse Ketsia Mutombo, de féministes contre cyberélément.

“C’est insupportable. Comme si les femmes avaient besoin d’une nouvelle forme de harcèlement… La rue ce n’est pas sûr pour nous. Parfois, l’entreprise et la maison ne le sont pas non plus. Et maintenant Internet. Quand allons-nous cesser d’être objectivés et sexualisés ? J’en ai marre. Mon corps n’est pas un objet qui peut être utilisé sans ma permission », dit Énora, en pleurs et en colère.

Un tabou et un sentiment de solitude pour les victimes

La célèbre prend ce combat qui lui est tombé dessus le bras tendu. Mais seulement.

Cependant, depuis qu’elle a témoigné, d’autres femmes bien connues lui ont dit qu’elles étaient elles aussi victimes de ces escroqueries. Impossible pour ce dernier, très choqué, d’en parler publiquement pour le moment. Ce qu’Énora Malagré et son courage comprennent parfaitement. “Mais si on me laisse seule avec mon petit drapeau, le phénomène restera silencieux”, craint la militante féministe qui éprouve un sentiment de solitude.

Aux États-Unis, il trouve la sensibilisation à cette pratique malveillante moins taboue, plus médiatisée. Grâce à Scarlett Johansson en particulier. victime de contrefaçons profondes pornographique comme de nombreuses actrices américaines, la star hollywoodienne a demandé des moyens pour lutter contre ce phénomène, plus répandu -pour le moment- de l’autre côté de l’Atlantique, où le réseau social Reddit a popularisé depuis 2014 la consommation de ce faux contenu pornographique. Son puissant témoignage a alerté l’opinion publique sur ce procédé misogyne et a même permis l’approbation à l’été 2019 d’une loi contre contrefaçons profondes par l’état de Virginie.

Énora Malagré s’inquiète du chemin à parcourir en France en pensant aux réactions de son entourage. “Tu es célèbre, c’est normal”, ou “C’est le sauvetage de la gloire”, estime une première catégorie en manque de compassion. “Ce n’est pas grave, tu sais que ce n’est pas vraiment toi, c’est quand même un film porno”, répondent d’autres amis. “Ce n’est pas un film porno, c’est un faux profond pornographie! Je n’ai pas joué dans ce film. Je n’ai pas choisi d’être dedans, ils m’ont mis dedans”, corrige l’actrice, qui déplore les ravages de la culture pornographique. “Personne ne se rend compte qu’il y a une victime au milieu de tout ça ?”, lance-t-elle, déconfite.

S’adresse aussi bien aux professionnels qu’aux amateurs.

Parce qu’elle ? Question troublante qui revient souvent à l’esprit. Comment êtes-vous devenu la cible de ces créateurs de contenu dégradants ? “Ils doivent cliquer sur les noms des femmes les plus recherchées Google», imagine Énora Malagré. « Et puis, j’étais à l’antenne tous les soirs pendant dix ans, se souvient l’ancienne chroniqueuse de Ne touchez pas à mon message. Avec tous ces extraits en ligne, il doit être facile pour eux de capter beaucoup de mes expressions faciales.”

“Désormais, de nombreuses applications innovantes et de pointe permettent de mettre une photo en mouvement puis de l’insérer dans une vidéo. Il suffit d’une photo du visage, que l’on trouve parfois sur un réseau social professionnel.», je tiens à souligner le président du collectif féministes contre le cyberharcèlementImmédiatement, l’avocate Rachel-Flore Pardo s’est jointe : « J’ai déjà accompagné des victimes non célèbres. Les créateurs de contrefaçons profondes n’épargner personne. Mais qui sont ces hommes derrière ces montages ?

“Des associations de criminels qui ont de grandes compétences techniques, mais aussi des amateurs malveillants, qui utilisent simplement des applications”, répond Ketsia Mutombo. Qui précise, par rapport à cette seconde catégorie : “Sur TélégrammeSigne – où les données sont cryptées : des hommes qui ne se connaissent pas échangent du matériel criminel pour créer des moyens violents envers une femme ciblée. Cette pratique a commencé sur Facebook, ils se réunissaient en groupes fermés ou secrets, non répertoriés.

La justice ne peut rien promettre à la victime

Énora Malagré a appelé les plateformes qui hébergent ces fausses vidéos à les retirer. Il a donc décidé de dénoncer X, alors que “le temps de la justice est plus lent que celui des agresseurs, qui changent rapidement d’adresse IP”, déplore-t-il.

C’est exactement ce que recommande Maître Raquel-Flore Pardo : dénoncer l’assemblée et dénoncer. Rappelons qu’il s’agit « d’une infraction pénale, constituant un crime devol d’identitéet parfois du cyberharcèlement”. “C’est une particularité du faux profond porno : le visage est reconnaissable. La victime peut être identifiée, désignée comme cible. Alors, malheureusement, il ne fait aucun doute que la diffusion de ces images est suivie de harcèlement de la personne (messages injurieux, menaces…)”, ajoute-t-il.

Nous ne pouvons garantir à la victime que la monture ne réapparaîtra pas.

L’avocat spécialiste du cybersexisme conseille à ces femmes de conserver les captures d’écran qui serviront de preuve lors du dépôt de plainte. Même si “il n’est pas rare que, lorsqu’une victime déclare qu’il s’agit de montages, le public dise que ce n’est pas vrai, que ce sont des justifications, tant les images falsifiées paraissent probables”, regrette le président de Les féministes contre le cyberharcèlement. “Ne pas croire, c’est déjà de la violence”, lance la jeune femme.

L’incertitude, l’impuissance face à l’image qui peut réapparaître à tout moment, malgré ces démarches : voilà l’autre violence à laquelle une victime est confrontée tout au long de son parcours judiciaire. Le co-fondateur de arrêter de pêcher décrit avec justesse cette terrible situation : « Sur Internet, nouveau terrain de violence, il y a encore parfois une zone d’anarchie. Même lorsque nous signalons une image, même après avoir obtenu une condamnation pénale, nous n’avons pas les moyens d’empêcher sa reproduction. Nous ne pouvons offrir à la victime une garantie que le montage ne réapparaîtra pas. Nous ne pouvons pas mettre fin à la brèche, promettre : ‘Ça va, ça ne sortira pas.'” Anxiété permanente, dommages à vie.

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