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Ecrire, une passion française ? Enquête dans les ateliers d’écriture du Festival du livre de Paris

Les Français sont de plus en plus nombreux à se lancer dans l’écriture : on en comptait déjà sur cinq il y a dix ans, la crise sanitaire a encore amplifié le phénomène, à tel point que la maison Gallimard s’est fendue en 2021 de un tweet invitant les candidats à “Surseoir à l’envoi de manuscrits”débordés qu’ils étaient par l’afflux de projets éditoriaux : jusqu’à cinquante par jour en sortie de confinement.

Qui sont les chatouillés Français par la plume ? Pourquoi écrivent-ils ? Enquête au Festival du livre de Paris, qui organisait cette année les ateliers d’écriture et des masterclass avec des auteurs à succès comme Franck Thilliez, une star du polar made in France.

Ce samedi en début d’après-midi, ils sont sagement assis dans la petite salle des ateliers créatifs. Ils l’attendent, petit sourire de satisfaction aux lèvres. Ils ont pensé à réserver, les autres resteront à la porte. Un son arrivée, des applaudissements, des chuchotements d’admiration, des portables qui se sont levés pour la photo.

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Franck Thilliez figure dans le trio de tête des écrivains les plus lus de France. “C’est mon auteur de thriller préféré”souffle Emmanuelle, une bordelaise qui s’est rendue spécialement pour le voyage à Paris pour “découvrir” le festival du livre. “Quand je veux savoir ce qu’est une MasterClass, je peux m’inscrire, je peux vous dire ce qu’il faut expliquer, écrire et parler de qui vous inspire”, accompagné de la jeune femme. Juste derrière, Brigitte confie être venue un peu par hasard. “Le manuscrit de mon premier roman es chez les éditeurs”confie-t-elle au croisant les doigts.

Emmanuelle, originaire de Bordeaux, assiste à la MasterClass de Franck Thilliez, auteur de romans policiers, Festival du livre de Paris, le 23 avril 2022 (Laurence Houot / FRANCEINFO CULTURE)

Franck Thilliez s’attaque à la MasterClass. “Cinquante minutes, c’est court, alors je ne vais pas rentrer dans les détails”commence l’écrivain, “Mais je vais essayer de donner quelques clés pour ceux que je souhaite se lancer dans l’écriture d’un roman”. planche, “il faut s’organiser”a affirmé Franck Thilliez, “Il semble que c’est important de garder en permanence une connexion avec l’histoire que l’on est en train d’écrire, avec les personnages, et si cette connexion est maintenue, même quand vous ne travaillez pas, votre cerveau lui , travail”.

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L’écrivain poursuit en évoquant l’importance de l’idée, et des personnages. “Ecrivez de préférence sur vos sujets de prédilection, ce sera plus facile”conseille-t-il. “Amusez-vous avec cette phrase : que se passerait-il si … par exemple un homme arrivait un matin au bureau et que personne ne le connaissait. Essayez d’imaginer qu’un événement vient bousculer le quotidien”suggère l’auteur de polars. “C’est important aussi de créer une empathie entre le lecteur et vos personnages”.

L'écrivain Franck Thilliez anime une MasterClass au Festival du livre de Paris, le 23 avril 2023 (Laurence Houot / FRANCEINFO CULTURE)

“Je sais que certains écrivains n’aiment pas faire ce genre de choses, moi, j’aime partager mon savoir-faire”confie-t-il à franceinfo Culture. “J’ai déjà fait des ateliers d’écriture, je pensais que cela pouvait être très utile, pour justifier le processus. Souvent, les gens ont envie d’écrire, mais ils sont bloqués, ils n’osent pas se lancer à cause du regard des autres”, note Franck Thilliez. De son côté, il a tout appris sur le tas. “Je n’aurais jamais imaginé publier un livre d’un jour. Quinze jours avant de commencer à écrire, je ne savais même pas que je l’avais envoyé. au cinéma, ou avec les livres”.

“Je suis fasciné par la capacité des écrivains ou des cinéastes à libérer des émotions à distance, comme la peur, comme le frisson. Je pense que c’est ce que je n’envoie pas.”

Franck Thilliez, écrivain

à franceinfo Culture

“Trouver une bonne histoire, voilà ce par quoi qu’il faut commencer, et si vous voulez en savoir plus, je publie prochainement aux éditions Robert Le plaisir de la peur, un livre dans lequel je développe tout ce que nous avons évoqué aujourd’hui” s’est enfui”conclut l’auteur d’avant d’être assailli pour selfies et dédicaces.

Akim, 29 ans, a écrit lui aussi des polars. “C’est intéressant de voir comment les autres travaillent”confiance-t-il. “J’ai lancé mon écriture depuis quelques années, et j’ai beaucoup toujours sur la quinzième page, et en 2019 j’ai enfin passé le cap, et j’ai trouvé un éditeur, plus après que pendant des semaines, je me suis enscrit à un atelier d’écriture en ligne, c’est toujours bon de prendre des conseils, pour s’améliorer”confie le jeune homme, qui se dit confiant pour l’avenir.

“Ces formations pour apprendre à écrire existent depuis longtemps dans les pays anglo-saxons, mais ils sont encore mal vus en France”, explique à franceinfo Culture Céline Zufferey, qui animait la veille au même endroit un atelier d’écriture. La jeune auteure est depuis quatre ans formatrice verser Désir d’écrireune organisation suisse pour l’enseignement à distance. “Je pensais que c’est à cause de la figure du poète maudit, cette idée de l’écrivain inspiré et puis c’est tout, comme si cela suffisait”ajouté cette romancière formée à l’Institut de littérature suisse.

Céline Zufferey romancière et formatrice chez Désir d'écrire, le 22 avril au Festival du livre de Paris (Laurence Houot / FRANCEINFO CULTURE)

“C’est quand même étrange de voir qu’il existe des conservatoires pour apprendre la musique, des écoles d’art pour apprendre la peinture, mais rien pour apprendre à écrire. C’est peut-être parce qu’on apprend tous à écrire à l’école, mais l’écriture créative, c’est encore autre chose, et cela s’apprend”insiste Céline Zufferey, qui a publié un premier roman Sauvez les meublesen 2017 aux éditions Gallimard.

Face à elle ce vendredi au festival du livre, un public quasi exclusivement féminin, qui assiste au début de la séance. “Nous avons des étudiants et des étudiantes de toutes origines, de tous âge, un peu plus de femmes que d’hommes. Souvent, ce sont des gens que sont arrivés à une étape de leur vie, la retraite, par exemple, et qui décidé de consacrer du temps à leur passion”explique Hélène Auboyer Treuille, responsable marketing pour Désir d’écrire.

“L’écriture est un exercice solitaire, et on se sat souvent seul, c’est important de pouvoir échanger”

Céline Zufferey, auteur et formatrice chez Désir d’écrire

à franceinfo Culture

“Nous entendons un cadre, une méthode, et des conseils. Les étudiants ont des exercices à faire, nous les lisons, et nous leur faisons systématiquement un retour”, expliquer la mise en forme.

“Je suis venue parce que nous écrivons un livre avec mes frères et sœurs”confie Audrey Ndoza. “J’ai vu cette proposition d’atelier dans le dépliant du festival alors je me suis inscrite. J’ai vu que l’organisme de formation propose des diagnostics littéraires, cela m’intéresse”explique-t-elle.

Après avoir lu et expliqué quelques ressorts de l’écriture sur le thème de l’objet, Céline invite le public à se lancer. Matière : “Je vais décrire un objet, pour parler d’une personne, tu as parfois un quart de jour”. Des nez se lève pour trouver l’inspiration. La température monte d’un cran. “La figure de l’écrivain est tellement lourde, qu’une grande partie de mes étudiants, qui écrivent par la plupart depuis longtemps, n’en ont jamais parlé à leurs proches, et n’avouent même pas qu’ils suivent une formation “confie Céline Zufferey.

L’atelier tire jusqu’au bout. Céline vous invite ensemble à partager leur texte. Des mains se lèvent, les mots fusent, ici “La brosse à dents de Paul”l’unit “Madame Gate”ou encore un étrange “objet archéologique”et pour finir, “un style”“Un texte parfait pour conclure cette séance”sourit Céline Zufferey.

“Je n’ai pas osé lire mon texte”confie Melissa, une lycéenne de 18 ans qui a visité un festival avec son professeur. “Je suis la seule de ma classe à avoir suivi cet atelier. J’écris des poèmes”chuchote l’adolescente. “J’écris depuis que j’ai 14 ans, et je suis toujours preneuse d’informations, de conseils pour m’améliorer. C’était vraiment intéressant de réfléchir sur ce thème des objets” conclu-elle enthousiaste.

Hélène et Agnès sont des lieux de mise en température, elles animent un atelier d’écriture Couleurs d’écritureà Pontoise, en région parisienne. “C’est toujours intéressant de voir comment source les autres”Hélène a expliqué. Curieuse également, Nada, est aussi son animatrice d’ateliers d’écriture, qu’elle a ensuite proposé à la plateforme Airbnb.

Les ateliers d’écriture et les formations fleurissent en France. Cette tendance répond à une inclinaison de plus en plus qualifiée pour l’écriture. “En cinq ans, le nombre d’étudiants inscrits dans notre formation a augmenté de 50%”explique Hélène Auboyer Treuille.

“Beaucoup de gens ressentent un fort besoin de s’exprimer. Écrire un roman c’est difficile, c’est un projet d’ampleur. Souvent, on se lance dans l’écriture d’un roman, et au bout de 40 pages , on cale parce qu’on n’entend pas tout de suite les fausses notes, comme en musique”, précise Céline Zufferey.

“Nos étudiants ne deviendront pas tous les écrivains, mais nous sommes là pour les aider à aller au bout de leur projet, ce qui est déjà énorme”a conclu la romance.

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