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Fernanda Melchor explore le langage de la misogynie – rts.ch

Avec son roman “Paradaïze”, la journaliste et écrivaine mexicaine Fernanda Melchor met en scène deux adolescents pour dénoncer la violence dans son pays.

Après “Saison des ouragans” (éd. Grasset 2019), son premier livre traduit en français, Fernanda Melchor nous fait aujourd’hui partager le quotidien de deux adolescents enfermés dans une spirale de violence et de folie. Le jeune auteur mexicain nous emmène dans une urbanisation très chic et ultra-sécurisée qui abrite des villas avec piscine appartenant à la classe moyenne supérieure. Dehors, le crime organisé fait rage, à l’intérieur, deux garçons partagent leur ennui, leur frustration, leur boisson.

Franco, un riche héritier, habite la résidence. Il passe ses journées à se gaver de malbouffe et de porno. Polo arrive tous les matins à vélo depuis la petite ville étroite où il vit avec sa mère et son cousin. Il est le jardinier de la résidence et il déteste ce travail d’esclave qu’il juge humiliant. Jour après jour, Franco raconte à Polo les fantasmes sexuels qu’il nourrit à propos de la belle et riche nouvelle voisine. Dès les premières pages, on suppose que l’histoire se terminera mal.

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Je voulais être dans la tête de quelqu’un qui est sur le point de commettre un crime. Même si j’utilise des mots vulgaires ou grossiers, il doit en être ainsi. Pour moi c’est très important de pouvoir construire l’univers du personnage avec les mots qu’il utiliserait. Pas pour justifier la violence, mais pour l’exposer. C’est me confronter en tant qu’écrivain à cette violence, mais aussi confronter le lecteur à cette violence.

Fernanda Melchor

Les hommes qui pensent qu’ils doivent dominer les femmes

Dans un langage cru, violent et dérangeant, Fernanda Melchor nous fait partager la rage des deux garçons, frustrés de ne pas pouvoir contrôler leur vie ni dominer les femmes qui les entourent. Fernanda Melchor est journaliste, elle a publié des reportages non encore traduits en français et ses textes de fiction sont imprégnés de son travail de terrain, de son intérêt pour les maux qui ravagent son pays : corruption, trafic de drogue, pauvreté endémique.

A travers les portraits de Franco et Polo, “Paradaïze” propose une peinture sans concession de deux classes sociales qui coexistent et s’affrontent. L’auteur montre aussi la violence des mafias locales, qui établissent une véritable dictature sur les villes pauvres, prenant leurs habitants en otage. Surtout, comme dans son précédent roman, Melchor met en garde contre le sort réservé aux femmes. Ce livre est le portrait d’hommes qui croient devoir dominer les femmes, et ne comprennent pas qu’elles leur échappent.

Le gros homme ne voulait pas baiser n’importe quelle femme ; il voulait que ce soit Doña Marián, la femme de Maroño, et lui-même était arrivé à la conclusion qu’il devrait le faire par la force, avant que ses grands-parents ne l’emmènent à Puebla pour entrer dans cette académie militaire où ils prévoyaient de le soumettre.

Fernanda Melchor, “Paradaïser”

Une singularité rare et remarquable

Dans cet enfer suffocant où l’angoisse crue monte crescendo, “Paradaïze” réserve quelques instants d’étrangeté. Une grande maison abandonnée au bord de la rivière, une végétation tropicale qui semble impossible à apprivoiser, le fantôme d’une femme qui hante la nuit.

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Le jeune écrivain, qui est également scénariste de la série “Somos” diffusée sur Netflix (inspirée d’horribles nouvelles), utilise un univers né du cinéma de genre mais aussi de légendes anciennes qui se racontent dans sa région natale pour construire son texte. , à Veracruz, dans le sud du pays. Cela donne à son travail une rareté et une singularité remarquable.

Silvia Tanette/aq

Fernanda Melchor. “paradis”. Traduit de l’espagnol (Mexique) par Laura Alcoba. Ed. Grasset

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