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François Bégaudeau livre de la « littérature à cru » sur la scène du monde universitaire

Avec “Mi crueldad”, l’écrivain livre un roman incisif, utilisant l’ironie comme antidote pour démanteler cruellement et délicieusement le pire des temps et l’étouffement de la morale.

Après le portrait détonnant d’une famille bourgeoise en vacances dans “Un enlèvement”, vous affrontez la bourgeoisie universitaire…

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Je n’avais vraiment pas ce mot bourgeois en tête lorsque j’écrivais, d’autant plus que le monde universitaire est assez précaire et que nous sommes ici dans une petite université de province. Bien que certains personnages incarnent d’intéressantes figures de pouvoir, j’ai voulu montrer comment le milieu universitaire est un monde de rivalités narcissiques où, sous couvert de batailles intellectuelles, de rivalités de coq, se jouent en réalité des joutes machistes. Ce livre s’intéresse aux affections : on a beau avoir lu 400 livres et pontifié sur la littérature du XVIIIe siècle, on reste un homme aux désirs plus ou moins vifs.

Paul, professeur de littérature, héros du roman, livre le récit de sa vie et une série d’événements survenus au sein de son université…

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Au début de son monologue à Juliette, une amie psychologue, Paul annonce que son histoire est une enquête sur un rire. À l’âge de 13 ans, il a vécu une triste expérience et on l’a entendu rire alors qu’on ne rit pas normalement dans ce genre de situations. Et cette étrange réaction se répétera tout au long de sa vie. Jeune, Paul a découvert la trahison et maintenant il va découvrir les plaisirs de la vengeance. Au départ, il est assez inadapté à son époque. Lorsque vous êtes écrivain, vous êtes souvent loin de votre temps,

plus à l’aise dans les siècles passés, conversant avec les morts. Mais pour se venger, Paul retournera au jouer, comme on dit, tu vas savourer les réseaux sociaux, tu mettras un pied dans ton temps et tu te débarrasseras du moral qui te gêne. Malheureusement, l’arrosage se termine toujours comme on le sait…

Comme Paul, vous jouez ici avec notre époque, avec ses débats sur l’annulation de la culture, la domination masculine, la question du consentement…

Nous vivons dans une cacophonie de sujets brûlants, fascinants en eux-mêmes, mais dénués de sens vus sous un angle moral. Ce qui me dérange et m’agace, c’est ce manque de boussole mentale. Alors, on peut avoir deux attitudes : ne pas s’en mêler, ce qui me semble très sage, ou apporter de la clarté à ce chaos. Le roman peut se moquer de tout cela, transformer ce “désagréable désordre” largement prêché à l’antenne – la définition même de la littérature – en un “joyeux désordre”. Lorsque nous profitons du temps d’écriture, l’odieux devient amusant. Si ce livre avait un adversaire, ce serait le réflexe moral. En aplatissant le débat public actuel, nous montrons son vide.

Vous revendiquez une écriture basée sur l’ironie comme antidote à une rhétorique de dénonciation. Là, c’est caustique, voire dérangeant…

C’est le côté amoral qui dérange. Une lionne dévorant un gnou est un spectacle à savourer, et c’est ce plaisir qui dérange, pas la lionne dévorant le gnou. Dans le mot cruauté, je veux dire le mot cru, comme le bareback, comme Nietzsche ou Rimbaud, cette capacité à ne pas se mentir. J’essaie de faire de la littérature grossière. Mettre à nu et à cru, c’est parler de la réalité. Je me méfie toujours des justifications morales. Les êtres humains agissent rarement à partir de motivations vertueuses, il y a toujours derrière eux un ressort émotionnel qui doit être exposé.

« Ma cruauté », Gallimard, collection Verticales, 312 p., 20 €.

Choisir ou ne pas choisir

Le 10 avril, l’écrivain François Bégaudeau, qui se définit comme un abstinent non prosélyte, ne se rendra pas dans un bureau de vote, bien qu’il reconnaisse qu’une campagne électorale peut générer une certaine émotion et qu’il a déjà voté par le passé. Convaincu que la question de voter ou de ne pas voter n’est pas en jeu, il vient de publier aux éditions de Divergences, Comment s’occuper un dimanche d’élection, un essai qui cherche à montrer les électeurs, sans jamais punir les électeurs ni glorifier les non-votants. électeurs. , que son geste est, selon lui, tout sauf politique.

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