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La guerre en Ukraine et la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest

12 avril 2022

Si les conséquences en termes de sécurité alimentaire du conflit ukrainien dans certains pays d’Afrique du Nord (Egypte, Libye) semblent clairement négatives (cf. Article de Joseph Glauber et David Laborde sur Telos le 1er mars 2022), ceux d’Afrique de l’Ouest sont plus difficiles à craquer. Cette note examine les conséquences possibles de la crise ukrainienne sur la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest, alors que celle-ci se détériore dans la sous-région depuis 2015 : la proportion de la population touchée par la dénutrition en Afrique de l’Ouest est passée de 11,5 % (2015) à 18,7 % ( 2020), soit 75,2 millions de personnes[1].

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Les marchés des matières premières en crise

En février 2022, l’Indice FAO des prix des produits alimentaires a atteint un niveau record de 140,7[2] par la hausse des prix des huiles végétales, des produits laitiers et des céréales. Le prix des contrats à terme blé tendre (contrat mai 2022) est passé de 322 € la tonne à 422 € entre le 28 février et le 7 mars 2022[3]. Cette nouvelle flambée est venue d’une situation relativement tendue en 2021 avec des récoltes relativement médiocres et une demande toujours forte et croissante.

La FAO prévoit pour la campagne 2021/22 une production mondiale de blé de 775,4 millions de tonnes : 4,1% en Ukraine et 9,8% en Russie[4] ; et respectivement 12,4% et 18,0% des exportations mondiales de blé. Ces deux pays allaient également être des acteurs importants pour l’orge, le maïs, le tournesol et l’huile de tournesol.[5]. Cependant, le conflit a perturbé la plupart de ses exportations et a compromis la capacité de l’Ukraine à démarrer normalement la prochaine campagne agricole. Par ailleurs, plusieurs pays envisagent de restreindre leurs exportations à des prix intérieurs manifestement plus bas au risque de faire encore monter les prix mondiaux.

Dado que Rusia también es un importante productor de energía y metales, sus precios también se están disparando: por ejemplo, a partir del 22 de marzo de 2022, el precio al contado del aluminio en la Bolsa de Metales de Londres aumentó un 76 % en un an.[6]celle du baril de pétrole de 77%[7]. Les prix internationaux des engrais sont également à la hausse : le prix de l’urée, par exemple, a doublé en février 2022 par rapport à sa moyenne 2015-2019.[8]. Cette augmentation n’a pas épargné l’Afrique de l’Ouest[9]. En effet, un intrant crucial pour sa fabrication est le gaz naturel, dont le prix est en hausse depuis le début de 2021 et la Chine et la Russie ont adopté fin 2021 des restrictions à l’exportation d’engrais.

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Comment ces déséquilibres affecteront-ils la situation alimentaire en Afrique de l’Ouest ?

L’Afrique de l’Ouest commerce peu avec la Russie et l’Ukraine, à l’exception des exportations béninoises vers l’Ukraine (4,7 % de ses exportations totales en 2020) et des importations béninoises et sénégalaises en provenance de Russie (entre 4 et 5 % des importations totales). En termes de sécurité alimentaire, on peut estimer l’apport calorique de ces relations marchandes (Figure 1). L’Ukraine et la Russie sont les principaux fournisseurs de calories aux Africains de l’Ouest grâce au seul commerce du blé (1,7 % des calories totales consommées). La contribution de l’Ukraine est marginale, celle de la Russie est plus importante. La plupart des calories consommées dans la région proviennent de la production locale, d’Europe et d’Asie.

Figure 1 : Répartition géographique et par produit de la consommation calorique en Afrique de l’Ouest

C’est indirectement à travers la hausse des prix mondiaux que l’Afrique de l’Ouest devrait être affectée (voir Figure 2). En effet, l’Afrique de l’Ouest est importatrice de céréales, de sucre, d’huiles végétales, de viande et d’animaux et exportatrice de cacao, de coton, d’arachides, de poisson et de fruits.[10]. La figure 2 montre la hausse du prix de l’huile de palme, du sucre, du blé et de la viande de poulet, tandis que les prix des bananes, du cacao et des arachides restent stables. Seule bonne nouvelle du côté agricole, le prix du riz (importé) reste stable et celui du coton (exporté) a augmenté. D’autres évolutions de prix sont positives pour la région car elle exporte également certaines matières premières : or, étain, pétrole qui représente à lui seul plus de la moitié des recettes d’exportation de la région, cuivre, gaz naturel, uranium, zinc, aluminium.

Bien entendu, pour les populations locales, la hausse des prix agricoles et alimentaires ne peut être compensée par la hausse du prix des matières premières que dans la mesure où il existe des mécanismes de redistribution permettant cette compensation : par exemple, en prélevant les revenus des rentes des sociétés minières sur financer les transferts. Les hausses de prix pourraient également affaiblir les ménages urbains car ils dépendent davantage des importations telles que le blé.

Figure 2

L’importance des engrais

L’arrêt ou la réduction des importations d’engrais en provenance de Russie, deuxième fournisseur de la CEDEAO avec 12 % du marché, est un risque sérieux pour les agriculteurs ouest-africains, mais une opportunité pour les fournisseurs régionaux. En tête, le Nigeria pourrait fournir les importations manquantes. Ce pays a fait un investissement important dans le secteur à travers ‘Indorama Nigeria’ ou ‘Dangote Group’, profitant des réserves de gaz naturel du pays. Ces groupes peuvent ainsi approvisionner la région en engrais azotés, comme l’urée. Quant aux partenaires non régionaux, le Maroc fournit un tiers du marché de la CEDEAO et a récemment investi 1 milliard de dollars au Nigeria pour construire deux usines de phosphate (capacité de 1 million de tonnes chacune). Si l’on prend les sept principaux pays, à l’exception du Nigéria, pour lesquels des données sont disponibles (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Niger, Sénégal, Togo), leurs importations d’engrais en provenance de Russie sont d’environ 0,24 million de tonnes. Le Nigeria pourrait donc remédier à ce déséquilibre : ‘Dangote’ a une capacité de 3 millions de tonnes, Indorama 1,4 million et la consommation nigériane n’est que de 1,5 million de tonnes.

Des difficultés surgissent lorsque l’on considère les différents types d’engrais. Un gros problème vient de la potasse, dont 82% de la consommation mondiale est importée : la Biélorussie et la Russie fournissent plus de 80% des importations de ce produit depuis la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal et la Sierra Leone.

Enfin, l’accès des agriculteurs aux engrais varie considérablement d’un pays à l’autre. Dans certains, seuls les mécanismes de marché fonctionnent et les agriculteurs doivent ressentir la hausse des prix dans son intégralité. Dans d’autres, le coût est largement supporté par les budgets publics à travers des programmes de subventions de l’État (Nigeria, Ghana, Togo)[11].

Un premier contexte d’inflation alimentaire et de conflit politique

Les tensions liées à la crise russo-ukrainienne se développent dans un contexte régional difficile. En réponse au changement institutionnel au Mali, la CEDEAO a imposé à deux reprises un embargo sur le pays avec une fermeture effective de ses frontières avec tous les États membres, à l’exception du commerce des produits de première nécessité. Et à deux reprises, les autorités maliennes ont riposté. Certaines interprofessions, comme celle de la filière viande bovine, avaient anticipé en interdisant à leurs membres d’exporter au sein de la CEDEAO. Le Mali étant l’un des principaux fournisseurs de bétail de la région, la suspension des exportations maliennes a créé des tensions sur les marchés de certains pays dans le secteur de la viande notamment. Depuis les dernières représailles, le prix du kilo de viande a augmenté de 25 à 30 % à Dakar.

Les tensions régionales en Afrique de l’Ouest, comme la situation entre la Russie et l’Ukraine, illustrent les liens dangereux entre sanctions diplomatiques, commerce et sécurité alimentaire. Par ailleurs, les autorités maliennes mettent en cause la légalité de l’embargo sur le Mali au regard du droit communautaire et de la convention des Nations unies sur le commerce avec les pays enclavés : elles ont porté plainte à cet égard. Enfin, au niveau régional, la CEDEAO doit s’abstenir de prendre des mesures qui pourraient aggraver la sécurité alimentaire régionale, déjà fortement aggravée par la crise du COVID-19.

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