La Moldavie solidaire des réfugiés, au risque de craquer

Comme des milliers de Moldaves, Vera Vranceanu, une enseignante à la retraite, a ouvert les portes de sa modeste maison aux réfugiés ukrainiens et les accueillera aussi longtemps qu’il le faudra, « quitte à faire des économies ».

Ancienne république soviétique de 2,6 millions d’habitants, ce petit pays niché entre la Roumanie et l’Ukraine a accueilli sur son sol plus de 350 000 personnes sur les 4 millions expulsées par l’invasion russe.

Il en reste encore quelque 93 000, un afflux important pour l’une des terres les plus pauvres et les plus dépeuplées d’Europe.

Dans la commune de Sireti (centre), Mme Vranceanu évite les difficultés.

“Bogdaproste (Dieu merci, ndlr), nous ne manquons de rien”, confie le dynamique de 66 ans.

Il s’est borné à dire qu’il “baisserait le chauffage” avec l’arrivée des beaux jours, pour faire baisser la facture de gaz.

“Nous sommes comme une famille”, sourit-elle en jouant avec Ilona, ​​la fillette ukrainienne de 18 mois qu’elle accueille avec sa grand-mère Natalia Kotchelaevskaya, 45 ans.

“La Moldavie vient de donner un exemple vraiment remarquable de solidarité”, a déclaré Dima Al-Khatib, représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Environ 80% des réfugiés sont hébergés par des particuliers, a-t-il précisé à l’AFP.

– À court de ressources –

Mais cette situation, conjuguée à l’impact économique de la guerre, au “choc de la pandémie et de la crise énergétique”, va avoir un “impact lourd” pour ce pays où le salaire mensuel moyen avoisine les 360 euros.

Aujourd’hui, 12,4% des Moldaves vivent en dessous du seuil de pauvreté et “ce taux devrait monter à 30%, avec le risque d’atteindre 50%”, prévient Mme Al-Khatib.

“Le défi est énorme”, s’inquiète Leonid Boaghi, le jeune maire de Sireti. Une soixantaine d’Ukrainiens se sont réfugiés dans leur ville de 7 000 habitants, dont 1 500 partis à l’étranger faute de travail.

Marqués par les souvenirs des graves pénuries de l’ère communiste, « les Moldaves ont l’habitude de s’approvisionner, mais combien de temps pourrons-nous tenir ? Jusqu’à épuisement de nos ressources ? Il demande.

Sur le terrain, chacun fait sa part, sans attendre l’aide du gouvernement, qui espère alléger ce fardeau lors d’une conférence des donateurs prévue le 5 avril à Berlin.

Depuis un mois, l’auberge Asteria, qui accueille normalement mariages, fiançailles et autres baptêmes, a troqué les plats gastronomiques contre des repas traditionnels destinés aux réfugiés.

Avec l’aide d’une poignée de bénévoles, sa propriétaire, Diana Dumitras, a jusqu’à présent cuisiné plus de 4 000 repas chauds, distribués dans des refuges de Chisinau.

“Nous avons de la nourriture pour une semaine de plus, après je ne sais pas si nous pouvons continuer”, se lamente-t-il, en versant un délicieux ragoût dans des centaines de boîtes à lunch.

– “Et si c’était nous ?” –

A Sipoteni (centre) on n’a pas non plus demandé aux habitants de soutenir les réfugiés : cartons pleins de pommes, pots de confitures et autres conserves, vêtements et produits d’hygiène, la salle de réunion de la mairie a été transformée en entrepôt improvisé.

Vasile Rata, élu, parvient à joindre les deux bouts grâce à une contribution du PNUD de 2 000 dollars.

“Ce n’est pas énorme, mais ça nous permet de payer le transport des réfugiés et peut-être de rembourser une partie des factures de gaz des habitants”, précise-t-il.

Son frère, émigré en Europe occidentale, met sa maison à la disposition de deux familles ukrainiennes.

Les yeux rivés sur une chaîne de télévision de son pays, Youlia, 41 ans, qui a refusé de donner son nom de famille, et ses parents expliquent qu’ils ont refusé d’aller en Allemagne, comme plusieurs de ses proches, pour être le plus proche possible de l’Ukraine.

Larisa Ciobanu, 56 ans, sèche ses larmes en se mettant à la place de la dizaine d’Ukrainiens qu’elle accueille depuis le 25 février chez elle à Sireti.

« Notre mission est d’aider. Que Dieu nous protège afin que nous ne nous retrouvions pas dans cette situation”, lance-t-il, exprimant une inquiétude palpable chez ses compatriotes, alors que la Moldavie craint qu’il ne soit la prochaine cible de Vladimir Poutine.

Leave a Comment