“La réponse sécuritaire de Naftali Bennett est préoccupante”

Au moins trois personnes ont été tuées jeudi dans une fusillade à Tel-Aviv. Il s’agit de la quatrième attaque meurtrière en Israël en moins de trois semaines. De quoi craindre une flambée de violence alors que le pays célèbre à la fois le ramadan et la Pâque.

Les rues de Tel-Aviv, en Israël, ont été le théâtre de scènes de chaos le jeudi 7 avril. Un homme, un Palestinien de Cisjordanie, a ouvert le feu sur la rue Dizengoff, au cœur de la ville, tuant au moins trois personnes. Il a finalement été tué par les forces de sécurité après une chasse à l’homme qui a duré plusieurs heures.

Cette attaque est la quatrième à se produire dans le pays en moins de trois semaines. La série noire a commencé le 22 mars lorsqueun Bédouin d’origine israélienne a tué quatre personnes avec des couteaux et percutant une voiture dans la ville de Beer Sheva, dans le sud du pays. Le 27 mars, deux cousins ​​arabes israéliens ont ouvert le feu dans la ville côtière de Hadera. Les deux enquêtes ont rapidement établi des liens entre les agresseurs et le groupe État islamique (OH CHÉRIE).

Les deux dernières attaques le 29 mars dans la banlieue de Tel-Aviv et jeudi, ils ont été exécutés par deux Palestiniens de Jénine en Cisjordanie occupée. Un territoire considéré comme un bastion des factions armées palestiniennes.

Au total, ces quatre attaques ont tué au moins 14 personnes. Ce chiffre en fait la pire vague d’attentats depuis l’intifada au couteauune série d’attaques au couteau qui ont tué quelque 270 personnes, Israéliens et Palestiniens, en 2015 et 2016.

Face à cette violence, le gouvernement de naftali bennett a répondu avec fermeté en annonçant, vendredi, donner “carte blanche” aux forces de sécurité pour “vaincre” cette “nouvelle vague de terreur”.

Hugh Lovatt, spécialiste du Moyen-Orient au Conseil européen des relations étrangères, basé à Londres, revient pour France 24 sur l’origine de ces attentats. Selon lui, ils font partie d’un “cycle de violence” qui dure depuis des années dans la région.

France 24 : comment expliquez-vous la recrudescence des attentats ces trois dernières semaines en Israël ? ?

Hugh Lovatt : plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation et il est assez difficile, à ce stade, de déterminer si l’un d’entre eux a été prédominant. Il s’agit vraisemblablement d’une combinaison de raisons individuelles, locales et religieuses.

L’attaque du 22 mars a été menée par un Bédouin israélien dans la région du Néguev. Pourtant, cette zone est le théâtre d’un conflit avec le gouvernement depuis plusieurs mois. Les Bédouins demandent la reconnaissance de certains peuples que l’État voudrait transférer. Il est impossible de savoir ce qui l’a réellement déclenché, mais ce contexte joue certainement un rôle.

De même, il est difficile d’établir les motivations précises des assaillants palestiniens, mais les causes de leur colère peuvent être multiples : la colonisation de la Cisjordanie se poursuit et quinze Palestiniens ont été tués dans diverses circonstances, soit à Jérusalem, soit en Cisjordanie, depuis le début de l’année. Le reste, les assaillants sont originaires de la région de Jénine, au nord de la Cisjordanie, fief de la résistance. Les attaques répétées des forces israéliennes ont inévitablement un impact sur l’opinion publique. Si l’on ajoute un facteur individuel, par exemple, être humilié lors du passage de la frontière ou se voir refuser l’accès à un endroit, cela peut mettre le feu aux poudres.

A Beer Sheva et Hadera, les assaillants sont liés au groupe Etat islamique. Pourtant, la dernière attaque revendiquée par le groupe dans la région remonte à 2017. Que représente-t-elle aujourd’hui dans la région et peut-elle annoncer une résurgence ? ?

En réalité, les agresseurs en question sont des individus radicalisés qui s’inspirent de l’idéologie du groupe État islamique et qui s’identifient à ce mouvement. Mais selon les différents éléments dont nous disposons, ils n’ont reçu aucune aide extérieure. Alors non, je ne vois pas ces attentats comme la preuve d’une résurgence de l’État islamique dans la région.

Il faut savoir que le groupe n’est pas totalement absent de la région, mais c’est un acteur très marginal. Il est également totalement exclu que ces attaques soient le résultat d’une quelconque alliance entre l’Etat islamique et les mouvements palestiniens. Pour cause, les groupes palestiniens n’ont aucun intérêt à voir émerger l’État islamique dans la région. Du côté du Hamas, c’est pareil. L’EI est considéré comme une force ennemie.

Bref, tout le monde – Israël, les autorités palestiniennes et Hamas – lutter contre l’expansion de l’EI dans la région. Le seul endroit où le groupe islamiste peut trouver des alliés est à Gaza, et cela reste très limité.

Le gouvernement de Naftali Bennett a perdu sa majorité au parlement, la Knesset, mercredi. Ces différentes attaques pourraient-elles favoriser le retour au pouvoir de Benjamin Netanyahu ?

Bien sûr. Déjà parce que cette série d’attentats va clairement gagner en importance dans l’opinion publique. D’autant plus que celle de jeudi s’est déroulée en plein cœur de Tel-Aviv, sur une artère très fréquentée, à la veille du week-end.

Il faut se rappeler que pendant les douze années où il a été au pouvoir, Benjamin Netanyahou Il s’est toujours positionné comme un protecteur de l’État israélien et s’est souvent vanté de ses atouts sécuritaires. Par effet de ricochet, ces attaques donnent l’impression d’une faille de sécurité pour la coalition Naftali Bennett. On sait que d’autres membres de la coalition Bennett hésitent à changer de camp. Par conséquent, ces événements peuvent leur donner un coup de pouce. Ce n’est pas un hasard si ces derniers ont réagi très vivement vendredi, en donnant carte blanche aux forces de sécurité.

En 2021, les affrontements de cette période de Ramadan avaient conduit à onze jours de guerre entre le Hamas et Israël. Craignez-vous que ces attaques ne conduisent à une nouvelle escalade des tensions dans la région ? ?

À mon avis, ces attaques ne sont pas surprenantes. Ils font partie d’un cycle de violence qui dure depuis des années où les attentats arrivent par vagues et la tension s’apaise d’elle-même après quelques semaines. C’est juste la preuve que le statu quo régional ne fonctionne pas à long terme.

Dans ce cas précis, tout est également aggravé par l’arrivée de la saison du Ramadan, une période toujours propice aux tensions. Mais à mon avis, le principal danger est que ces attentats en entraînent d’autres, dans une sorte de mimétisme terroriste, jusqu’à ce que la situation se calme d’elle-même.

L’année dernière, le Hamas est entré en guerre précisément parce qu’il voulait sortir de ce statu quo. Cette fois, il n’a aucune envie de grimper, il est affaibli et stratégiquement perdu. Il est vrai que lui et le Jihad islamique ont salué l’attaque de jeudi, mais ils sont généralement restés en retrait. Et Mahmoud Abbas lui-même a condamné les attentats, ce qui est rare.

Cependant, la réponse sécuritaire de Naftali Bennett m’inquiète. Il a décidé de limiter les déplacements entre la Cisjordanie et Israël. S’il va plus loin et leur refuse l’accès à la mosquée Al-Aqsa en plein ramadan, cela pourrait en revanche accentuer les tensions régionales et mettre le feu aux poudres.

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