La visite de Sánchez au Maroc ou la victoire du réalisme

De quoi fonder une nouvelle association sur des bases plus solides et réalistes.

Mais, avant tout, un petit rappel de certains fondamentaux.

L’Espagne est, depuis qu’elle a détrôné la France en 2012, le premier partenaire économique du Maroc. Au contraire, le Maroc est le troisième partenaire de l’Espagne en dehors de l’Union européenne. Ce qui n’est rien, puisque nous n’avons d’avance que sur les États-Unis et la Chine, les deux premiers PIB mondiaux.

Mais le plus intéressant est ailleurs. A savoir, dans la profonde transformation de la structure des échanges entre nos deux pays. Depuis des décennies nos exportations vers Madrid ont été dominées par des produits agro-alimentaires, souvent très peu transformés (légumes, fruits, poissons, etc.).
Cependant, au cours de la dernière décennie, nos exportations ont augmenté de catégorie, avec un poids croissant des produits agroalimentaires transformés, mais aussi des produits à forte intensité technologique comme les automobiles.

Le plan d’accélération industrielle lancé par le Maroc en 2014 commence à porter ses fruits.

Cela se reflète tout naturellement dans les termes de l’échange qui, d’année en année, deviennent de moins en moins défavorables au Maroc. Il est vrai que la balance commerciale est toujours déficitaire pour le Maroc, mais ce déficit en % du PIB n’a cessé de se réduire depuis 2012. Preuve en est l’évolution du taux de couverture de nos importations par nos exportations vers l’Espagne, qui a n’a pas arrêté de grandir depuis 10 ans.

Pour rappel, ce taux était de 47,8% en 2012. En 2020, il était de 62%. A ce rythme, et si cette tendance se poursuit dans le temps, il n’est pas exclu que ce déficit puisse éventuellement se résorber. Ou même devenir excédentaire, si l’industrie automobile espagnole s’installe au Maroc comme les constructeurs français.

Autre dossier fondamental entre Rabat et Madrid, mais qui n’a pas encore été abordé officiellement : la question du gaz naturel. Car, depuis le non-renouvellement décidé unilatéralement par Alger du contrat d’exploitation du gazoduc “Maghreb-Europe”, l’Espagne, qui importe 23% de son gaz d’Algérie, se retrouve dans une situation vulnérable au regard de sa sécurité énergétique. .

Car désormais un quart de ses importations de gaz dépendent d’un seul gazoduc, le “Medgaz”, qui relie l’Algérie à la ville espagnole d’Almeria à travers la Méditerranée, et qui ouvre la possibilité d’une augmentation significative des quantités de gaz livrées. Ceci, dans un contexte où l’Europe cherche activement à trouver des alternatives au gaz russe, dans le contexte d’une crise géopolitique sans précédent depuis la fin de la guerre froide. Alger a même menacé d’augmenter ses tarifs contre l’Espagne en guise de représailles contre Madrid, après le soutien espagnol à l’initiative marocaine pour l’autonomie de notre Sahara.

Loin de faire reculer Madrid, ces menaces algériennes ne font au contraire que renforcer la conviction que le Maroc reste le seul partenaire fiable de Madrid dans la région. Car l’Espagne mène activement depuis plusieurs années une politique de diversification de son approvisionnement en gaz naturel.

Or, 33 % du gaz naturel importé par l’Espagne provient des États-Unis sous forme liquéfiée. Remplacer Alger par d’autres fournisseurs ne représente donc pas un obstacle insurmontable à moyen terme.

De même, le grand projet de gazoduc qui devra dans les années à venir relier le Nigeria au Maroc doit nécessairement intéresser Madrid. Dans cette perspective, le Maroc deviendra un pôle énergétique incontournable pour l’Europe du Sud, et plus encore pour la péninsule ibérique.

Là encore, tant le réalisme marocain que madrilène ont ajouté des points depuis quelques semaines, où l’Algérie poursuit son isolement diplomatique en se tirant une nouvelle fois une balle dans le pied.

Rachid Achachi – Directeur Général – ARKHE Consulting

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