Le Caire et Doha franchissent une nouvelle étape dans leurs relations bilatérales

Cinq milliards de dollars. C’est le montant des contrats d’investissement et d’association signés cette semaine entre Doha et Le Caire et annoncés ce mardi par les autorités égyptiennes. Ces accords concluent la visite d’une délégation conduite par le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Cheikh Mohammed ben Abderrahman Al-Thani, dans la capitale égyptienne, où il a notamment rencontré le président Abdel Fattah el-Sissi. L’occasion pour “les deux pays frères” d’affirmer l’importance de leur coopération dans divers domaines, selon des communiqués officiels, plus d’un an après la fin du blocus contre le Qatar. Une démarche qui s’inscrit dans le contexte de la guerre en Ukraine, dont l’impact sur les prix des matières premières fait craindre une crise économique en Égypte, plaçant Doha au centre de la stratégie occidentale de remplacement du gaz russe dans les importations européennes.

“Le fait que le Qatar, en tant que partenaire proche des États-Unis, prenne des mesures pour essayer de minimiser les conséquences économiques de l’invasion russe de l’Ukraine en fournissant une assistance à l’Égypte est cohérent avec les efforts de l’émirat pour essayer de faire face à d’autres effets collatéraux. de la crise, ainsi que son aspect énergétique », souligne Kristian Coates Ulrichsen, chercheur sur le Moyen-Orient au Baker Institute.

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Si les secteurs concernés par les contrats signés entre Doha et Le Caire n’ont pas été précisés, l’agence de presse qatarie (QNA) a annoncé mercredi l’acquisition par QatarEnergy de 40% d’un bloc d’exploration offshore en mer Méditerranée (North Marakia) anciennement détenu par ExxonMobil. Cet investissement intervient au moment où la guerre en Ukraine a provoqué un rebond du prix des hydrocarbures et où les Européens sont pressés de trouver des alternatives pour sortir de leur dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou. Parmi les principaux exportateurs mondiaux de gaz naturel liquéfié, le Qatar a signé le 20 mars des accords d’approvisionnement à long terme avec l’Allemagne pour remplacer le gaz naturel russe, qui représente actuellement 50% des importations de gaz du pays. Ayant déjà prévu l’an dernier d’augmenter sa production de gaz naturel liquéfié de plus de 60% d’ici 2027, l’émirat gazier semble désormais vouloir accélérer sa croissance à l’étranger afin de récupérer à moyen et long terme les parts de marché que la Russie pourrait bientôt perdre.

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De son côté, bien que l’Egypte soit un petit exportateur de gaz, la hausse du prix du blé pèse lourdement sur ce pays qui importe près de 85% de sa consommation nationale et subventionne fortement le pain. En plus d’une inflation galopante et d’une dévaluation monétaire, le conflit aux frontières de l’Europe pose le risque d’une insécurité alimentaire qui pourrait conduire à une instabilité politique que les autorités égyptiennes tentent d’éviter à tout prix. A la recherche d’un soutien financier, Le Caire vient de conclure un accord de 2 milliards de dollars avec les Emirats arabes unis pour l’achat d’actions étatiques dans diverses sociétés. De son côté, l’Arabie saoudite, qui a annoncé en novembre dernier un dépôt de 3 milliards de dollars à la Banque centrale d’Égypte, a annoncé ce mercredi un nouveau dépôt d’un montant de 5 milliards de dollars, qui pourrait faciliter l’obtention par l’Égypte d’une aide de la Fonds monétaire international (FMI). FMI). Selon les autorités égyptiennes, les deux pays ont également convenu de développer des investissements saoudiens dans le pays à hauteur de 10 milliards de dollars.

” Le passé est le passé “

Reflétant son appartenance au camp des deux pétromonarchies du Golfe depuis la chute du président Mohammed Morsi, le pays du Nil entretient des relations tendues avec Doha ces dernières années. « L’annonce des investissements (du Qatar) est un signal fort que le rapprochement politique entre Doha et Le Caire a été un succès. (…) Cela envoie un message clair que le passé est le passé et que les liens entre l’Égypte et le Qatar sont maintenant dans une phase nouvelle et très différente », déclare Kristian Coates Ulrichsen. Partisan notoire des Frères musulmans dans la région, le Qatar s’est rangé au début du printemps arabe du côté de la révolution égyptienne qui a porté Mohammed Morsi au pouvoir. En revanche, les Emiratis haïssant la fraternité auraient soutenu le coup d’État d’Abdel-Fattah el-Sissi en 2013 avant d’envoyer une aide financière substantielle au Caire, de concert avec l’Arabie saoudite. En 2017, les deux pétro-monarchies du Golfe ont entraîné l’Égypte et Bahreïn dans un blocus contre le Qatar pour ses liens avec l’Iran et son soutien aux groupes islamistes de la région qu’ils considèrent comme terroristes. L’embargo a finalement été levé en janvier 2021 lors de la conférence d’Al-Ula, scellant ainsi la réconciliation officielle entre les pays du Conseil de coopération du Golfe. Depuis, l’émir du Qatar Tamim bin Hamad Al-Thani a rencontré le président égyptien en marge de la COP26 à Glasgow en novembre dernier, puis à Pékin lors de l’ouverture des JO d’hiver en février. Autant d’étapes vers un “retour à la normale”, que QNA a salué comme désormais acquis en début de semaine. Pourtant, des points de discorde entre les deux pays persistent, comme les quatre journalistes de la chaîne qatarie Al-Jazeera actuellement derrière les barreaux en Égypte pour diffusion de canulars et, pour deux d’entre eux, appartenance à un groupe terroriste.

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La visite de la délégation qatarie au Caire intervient également quelques jours après le sommet de Charm el-Cheikh du 24 mars dernier, qui a réuni le chef de l’Etat égyptien, le Premier ministre israélien et le prince héritier d’Abu Dhabi pour discuter de la sécurité régionale et plus particulièrement de la dossier iranien. En outre, elle a commencé le même jour que la réunion dans le Néguev des ministres des Affaires étrangères américain, israélien, émirati, égyptien, bahreïni et marocain, dont l’objectif était de créer une “nouvelle architecture régionale” pour “dissuader les ennemis communs, d’abord L’Iran et ses supplétifs”, selon les mots de Yaïr Lapid. Contrairement aux participants arabes à cette rencontre, le Qatar n’a pas signé d’accord de normalisation avec l’Etat hébreu et entretient de bonnes relations avec son voisin iranien. S’il n’a aucune raison de se joindre à la front anti-iranien qui se développe dans la région, l’émirat a intérêt à ne pas rester totalement en marge des reconfigurations régionales.

Cinq milliards de dollars. C’est le montant des contrats d’investissement et d’association signés cette semaine entre Doha et Le Caire et annoncés ce mardi par les autorités égyptiennes. Ces accords viennent conclure la visite d’une délégation conduite par le Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères du Qatar, Cheikh Mohammed ben Abderrahman Al-Thani dans la capitale…

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