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“Le Dieu de Jésus-Christ n’est certainement pas un grand horloger”

Comment lire le livre dieu, science, preuveest apparu cet hiver? Son premier mérite est de nous offrir tout un parcours historique pour montrer qu’après la croissance, au cours du XIXe siècle puis au début du XXe, courants scientifiques – selon laquelle la science est la seule source fiable de connaissance sur le monde, cette attitude a été largement remise en question et remise en question par l’évolution même des découvertes scientifiques. Le livre passe ainsi en revue toutes ces avancées scientifiques qui ont introduit de la complexité et de l’incomplétude dans le processus scientifique, que ce soit en thermodynamique, en mécanique quantique, ou encore dans les sciences naturelles, ou avec le principe entropique en astrophysique.

Par son mouvement propre, chacune des sciences montre que « le fond des choses », le principe premier, lui échappe. Qu’on ne peut donc pas faire de la science l’origine de tout et l’explication de tout. Le scientisme pur et dur triomphant du début du XXe siècle est miné par toute l’évolution de investigation scientifique pendant un siècle

Une nouvelle définition de l’objet scientifique

En soi, ce n’est pas nouveau. Ces découvertes étaient déjà connues, depuis les années 1980-2000. Nous sommes effectivement face à une nouvelle définition de l’objet scientifique : un objet que nous n’étudions pas « en soi », mais dans ses relations, ses interactions avec les autres (épistémiques), et aussi avec le sujet qu’il étudie.

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Dans la complexité d’aujourd’hui, il y a donc incertitude et incomplétude. Mais cela ne signifie pas que la science est délégitimée, on ne peut pas parler de la défaite de la raison scientifique. Tout simplement, cette incomplétude est devenue la condition même de l’exercice du scientifique. En conséquence, une vision entièrement matérialiste est difficile à soutenir. En ce sens, je rejoins l’idée, promue par le livre, que les découvertes récentes nous interrogent sur « le résultat final ».

Mais, va-t-on voir, comme l’affirme cet ouvrage, dans cette incomplétude les preuves de l’existence de dieu ? Non, car alors on confond les domaines. Le principe entropique, dont parle le livre, soulève des questions. Mais cela ne prouve pas qu’il y aurait “derrière les choses” un Dieu qui aurait ajusté les mécanismes de l’Univers et des êtres vivants. Et le Dieu de Jésus-Christ n’est certainement pas un Dieu « grand horloger ».

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Ne confondez pas les domaines de la science et de la foi.

Au fond, cette remise en cause de la science actuelle permet de relancer le dialogue entre la foi et la science. Mais ce dialogue doit veiller à bien articuler ces domaines, et non à les confondre. Par exemple, lorsque nous examinons la relation entre la Création, au sens biblique, et l’évolution, au sens darwinien. Les deux processus ne sont pas dans le même plan et ne doivent donc pas être confondus.

La création est dans l’ordre de la transcendance. D’une certaine manière, tout ce qui est “existe” parce que Dieu le fait être. Tandis que le principe d’évolution nous enseigne que tout ce qui est apparu au cours de l’histoire de la vie est le résultat de la transformation de l’énergie et de la matière. Il faut donc arriver à articuler ces deux actions, sans les confondre. Teilhard de Chardin a une belle expression : « Dieu fait bouger les choses. » Dieu ne prend pas votre tournevis. Il fixe les conditions pour que les choses se produisent. Surtout, le Dieu de l’Alliance donne l’autonomie aux créatures qui persécutent la création. Dieu n’est ni le fabricant ni le grand horloger. Il croit par sa Parole, en un Amour gratuit.

Dieu n’est pas un acteur

Jean-Paul II, dans l’encyclique foi et raison, met en évidence ces différents niveaux. Il est vrai que l’on peut déplorer la tendance de notre société à séparer hermétiquement le domaine de la foi et celui de la science, tendance qui touche aussi les catholiques eux-mêmes : on est croyant dans l’Église, scientifique dans son laboratoire. C’est faire preuve de fidéisme, et je comprends que le livre veuille lutter contre cela, dans une société qui se méfie de la religion. Mais entre une forme de concordance, qui ramène toute science à Dieu, et un fidéisme, selon lequel la raison ne nous apprend rien sur la vraie nature des choses, il faut faire un rapprochement, en ce qui concerne les différents domaines.

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Surtout dans le domaine de la théologie : Dieu n’est pas un acteur. C’est un Dieu d’Alliance, qui a créé un monde inachevé, que les créatures doivent continuer. aussi bien dit Basile de Césarée : « Dieu a permis à l’homme d’entrer dans l’atelier de la création divine. » Mais c’est différent d’une sorte d’intelligence supérieure, de “conception intelligente” qui alimenterait inévitablement le paquebot de l’Univers et de l’humanité. Ou plutôt, c’est l’intelligence de l’amour et de la générosité qui inspire et attire cette évolution (de l’alpha à l’oméga). C’est tout le risque de la foi et la liberté qu’elle nous donne.

La science ne prouve pas la non-existence de Dieu, et en cela le livre a raison. Mais le contraire est également vrai : la science ne prouve pas non plus l’existence de Dieu. Aussi, quelle serait la foi en un Dieu dont nous aurions la preuve scientifique ? Ce ne serait pas la foi… Par contre, il faut savoir rendre compte de notre foi avec des arguments rationnels, notre raison, dans le cadre des découvertes scientifiques notamment. Parlez de l’intelligence du Dieu créateur. Être croyant n’est pas irrationnel.

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