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Le journal “Liberté” contraint de disparaître sous un régime qui s’efforce de violer les libertés

Le journal algérien francophone « Liberté », contraint de mettre la clé sous le paillasson. Les raisons avancées par son propriétaire, l’homme d’affaires Issad Rebrab, sont loin d’être convaincantes. « La liberté est effacée des mains de la place publique. Spectaculaire. Car, dans quelques jours seulement, les vendeurs de journaux, les lecteurs, les annonceurs, mais aussi les institutions de la république, seront orphelins d’un journal qui s’est imposé comme une référence à tous points de vue”, a déploré la rédaction du journal.

Réfutant le prétexte de difficultés financières, le collectif de la publication écrit ne pas comprendre “les vraies raisons” qui ont conduit à sa fermeture, précisant que “l’éditeur dispose toujours de ressources financières suffisantes pour lui permettre de continuer à exister”. L’Union européenne (UE) a immédiatement réagi, estimant que “la disparition annoncée du journal Liberté risque de limiter davantage la liberté d’expression”, et précisant dans un communiqué de son porte-parole rendu public à Bruxelles que “l’Union européenne invite tous composantes de la société et les autorités algériennes pour préserver ces espaces indispensables à toute démocratie. » La même source a souligné « l’importance d’une presse pluraliste pour consolider l’État de droit et les libertés fondamentales comme la liberté d’expression ».

En ce sens, l’Union européenne n’a cessé d’alerter la communauté internationale sur les dérives sécuritaires et les restrictions imposées par le régime algérien à l’encontre des journalistes et des militants des droits de l’homme. A cet égard, il convient de rappeler que le Parlement européen avait successivement adopté en novembre 2020 et avril 2021 deux résolutions sur les violations massives des droits de l’homme en Algérie, les limites imposées par les autorités à la liberté d’expression, l’emprisonnement des journalistes et la répression et emprisonnement des militants du Hirak.

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Par ailleurs, la fermeture de ce journal, après 30 ans d’existence, intervient dans un contexte difficile et largement déplorable pour la presse algérienne avec de nombreux journalistes poursuivis ou condamnés pour, notamment, « diffamation » de responsables politiques ou pour des motifs de « partialité ». publications sur les réseaux sociaux. “C’est une voie et une voix d’expression plurielle qui s’éteignent dans un pays à la pente de pensée qui n’est pas unique”, soulignait dans une tribune publiée ce jeudi par Liberté, l’écrivain algérien Kamal Daoud, estimant, par ailleurs, que la fermeture du journal c’était « la victoire du silence sur les mots et de la violence sur le débat. La victoire du retrait, du rejet ».

A cet égard, l’éditorialiste du journal Liberté a amèrement critiqué la décision de cette fermeture brutale et a estimé qu’il s’agissait d’un “véritable cataclysme médiatique que personne n’a vu venir après trente ans de lutte et d’existence”. « Ceux qui pensent que nous sommes un journal dérangeant qui mérite sa mort, peuvent nous supporter une semaine de plus. Ensuite, ils peuvent – dormir – sans être dérangés. Mais qu’ils sachent que l’Algérie ne peut pas se réjouir d’une telle fin. Car la disparition d’un journal est souvent suivie de la naissance d’un démon”, prévient-il. En ce sens, pour sa part, le vice-président de la Ligne algérienne des droits de l’homme, Saïd Salhi, a souligné que “la liberté aujourd’hui paie sa ligne éditoriale”.

“Quant à nous, les militants, en ce moment, témoins impuissants de cette énième attaque par derrière et contre nos acquis, nous sommes tous bouleversés, nous n’avons que l’indignation”, a-t-il fustigé dans un communiqué diffusé par l’assistance. Il a également précisé, dénonçant un “pouvoir qui muselle la liberté d’expression et d’opinion”, qu’en tant qu’allié objectif du système dans sa mission de tuer les voix dissidentes et la presse libre, le patron de Liberté a choisi de sortir de l’histoire et depuis déjà tourné ça fait partie du passé”. De son côté, le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mohcine Belabbas, a sévèrement critiqué la décision de Rebrab de fermer le journal, la qualifiant d’offre au pouvoir de le prendre revoir une série de mesures économiques contraignantes pour son groupe Cevital.

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De même que, ajouté à ce vaste mouvement d’indignation et de protestation, un groupe d’intellectuels, universitaires, chercheurs et artistes algériens qui se sont dits “préoccupés” par le sort réservé au journal Liberté, ont exprimé leur profond attachement au pluralisme des médias, soulignant que ils ne peuvent rester insensibles au risque de disparition d’un titre qui porte la voix plurielle de l’Algérie.

Cette décision incompréhensible et brutale est un autre coup fort indirect de la junte au pouvoir en Algérie au monde des médias et de la communication, d’autant plus que le journal “Liberté”, l’un des journaux algériens les plus anciens et les plus lus, a été créé au début de l’expérience du pluralisme des médias et son premier numéro est publié, en pleine décennie noire, le 27 juin 1992.

Le journal, au fur et à mesure de son essor, s’appuyait sur une approche progressiste et adoptait une ligne moderniste, ouverte et critique, qui ne manquait pas de s’attirer les foudres de l’autoritarisme politico-militaire, fixant les règles et les « limites » des droits de l’homme et, surtout liberté. expression.

De plus, cette décision affecte non seulement les journalistes, les employés et le personnel technique de la publication, mais aussi les lecteurs et, en général, les Algériens, compte tenu de l’influence exercée par le journal “Liberté”, qui reste l’un des rares médias en Algérie. , qui se caractérise par la qualité de son contenu, le professionnalisme de ses équipes, le respect de l’éthique et de la déontologie de la profession et sa ténacité et persévérance à recevoir et à fournir des informations correctes, objectives et significatives. C’est un acte déplorable qui interpelle la société civile mondiale, les ONG à vocation humaine qui œuvrent et militent pour la promotion des libertés fondamentales, dont essentiellement celle d’expression et d’opinion… mais aussi de tout le monde.

Rachid Meftah

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