“Le Livre ‘Dieu, la Science, la Preuve’ est au service de la science et de la foi”

avec son livre dieu, science, preuve (Guy Trédaniel, 2021), Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies ont jeté un caillou dans la mare. Son objectif est de décrire les avancées récentes dans les domaines de la physique et de la cosmologie, et d’en déduire “la preuve de l’existence de Dieu (Qui est-ce) moderne, clair, rationnel, pluridisciplinaire, objectivement confrontable (sic) au monde réel”. Après le “royaume indivis du matérialisme” sur le monde intellectuel, les auteurs se réjouissent que « La science semble devenir une alliée de Dieu ». Malheureusement, le livre contient des mensonges, qui peuvent être compris par des non-scientifiques. Il propose un schéma de pensée sur la question de Dieu à la fois simpliste et fallacieux, que l’on pourrait qualifier de « matérialisme creux ».

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La nature est sublime et tout le monde, surtout le scientifique, peut être surpris par son ordre minutieux. Selon MM. Bolloré et Bonnassies, la science contemporaine aurait exploré cet ordre avec tant de détails qu’on ne serait pas loin de mettre le doigt sur le Créateur, comme sur le plafond de la Chapelle Sixtine. Ce n’est ni plus ni moins que l’argument téléologique : la nature, parfaitement harmonieuse, ne peut être que l’œuvre d’un être parfait, Dieu. Les auteurs s’approprient cet argument sans le nommer et le déforment pour servir leur propos. L’expérience sensible de la nature doit-elle passer par l’exercice de la science ? Non, bien sûr que non : le promeneur solitaire qui surprend le vol des oiseaux au-dessus d’un lac vit pleinement le sublime naturel sans exercer aucune démarche scientifique. Quoi qu’il en soit MM. Bolloré et Bonnassies, personne n’a attendu Le télescope spatial Hubble pour contempler la Création et sentir le geste de Dieu autour de vous.

erreurs de fait

Les auteurs rapportent que la cosmologie moderne “implique que l’univers a eu un commencement”, soutenant une histoire de Création et l’existence d’un Créateur. Esto está mal: la teoría del big bang sugiere que el universo ocupa un estado cada vez más denso y caliente a medida que retrocedemos en el tiempo, de modo que alcanza regímenes de densidad y temperatura en los que nuestra comprensión de la física actual ya no s’applique. Ensuite, la science elle cesse d’être prédictive, et tout énoncé scientifique sur un début ne peut être qu’une extrapolation incertaine. Mais qu’importe, MM. Bolloré et Bonnassies vendent de la peau d’ours : le point d’origine est trouvé.

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Mais le prouve-t-on vraiment ? l’existence de dieu ? Entre les lignes, on comprend que les auteurs invoquent l’argument cosmologique : tout mouvement qui a une cause, il doit y avoir un mouvement primaire, qui est Dieu. Encore une fois, le point est livré en réduisant l’argument historique à une expression creuse : la science a trouvé le premier pas, Dieu est le premier pas, donc la science a trouvé Dieu. Mais ce test ne peut pas satisfaire les croyants ! Ce grand horloger qui a lancé le big bang et calcule les constantes fondamentales de la physique, est-il le Dieu de miséricorde qui est descendu sur Terre et a subi la Passion pour le pardon des péchés ? Bien sûr, personne n’y croit.

impasses spirituelles

Certes, penser à l’harmonie de l’univers ou de Dieu comme premier portable ils peuvent réconforter les croyants dans leur foi, mais les arguments cosmologiques et téléologiques sont des impasses spirituelles, ils n’aident pas à avancer sur un chemin de foi au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

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Cette impasse spirituelle en cache en réalité une autre, cette fois logique : l’existence de Dieu ne peut faire l’objet de science. Comme nous l’enseigne Karl Popper, seuls les énoncés falsifiables sont scientifiques, c’est-à-dire que l’apport de nouvelles expériences peut invalider. C’est ainsi que la science avance : par la falsification et le raffinement progressifs de son contenu. Cela exclut de la science, en principe, une série d’affirmations, parmi lesquelles l’existence de Dieu. Aller à la science pour prouver l’existence de Dieu est donc une double impasse, c’est bien connu.

Dieu est une révélation

Premièrement, Dieu est une révélation. Donc, pour ceux qui veulent contempler la vérité, “la foi et la raison sont comme deux ailes”, en écrivant Jean-Paul II Dans foi et raison, un monument essentiel sur la question actuelle, et un vide dans les références de l’ouvrage. De plus, ces ailes ne sont pas étrangères les unes aux autres. La foi se nourrit de la connaissance, en particulier la connaissance de Dieu par l’étude de la vie du Christ et de ses enseignements, par l’exégèse et la théologie, qui sont des sciences. Naturellement, les fidèles sont invités à acquérir ces connaissances pour affermir leur foi, comme suggéré l’encyclique la lumière de la foi.

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En essayant de reléguer le matérialisme au statut de « croyance irrationnelle », MM. Bolloré et Bonnassies se contredisent. Proposer la manifestation de Dieu dans la nature comme preuve de son existence est du matérialisme. Confiner la compréhension de cette manifestation à la science est encore pire : c’est du matérialisme creux. Son œuvre propose un discours scientifico-mystique au service à la fois de la science, soudainement privée de ses principes et de son objet, et de la foi, soudainement retirée du domaine du cœur humain.

Or, le cœur de l’homme est le lieu de manifestation de Dieu dans sa première dimension, c’est-à-dire spirituelle. La force de l’amour, la joie du pardon, la persévérance de la foi et de l’espérance, la joie de la charité : s’il doit y avoir prosélytisme, ce sont bien ces mouvements intérieurs qu’il faut essayer de décrire et d’encourager. Car si Dieu se manifeste aussi dans la contemplation de la Création, celle-ci, bien que sublime, n’est pas sa seule œuvre.

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