Le Maroc déterminé à imposer son implantation au Sahara (AFP)

Avec le soutien des Etats-Unis, et maintenant avec celui de Berlin et de Madrid, le Maroc est déterminé à résoudre en sa faveur l’interminable conflit au Sahara, qui oppose les séparatistes sahraouis soutenus par l’Algérie, même au prix d’une confrontation avec ses alliés, disent-ils, les analystes.

« La question du Sahara est un consensus. L’ensemble de la société soutient cette cause, une priorité absolue pour chaque Marocain », explique Tajeddine Houssaini, professeur de relations internationales à l’Université Mohammed V de Rabat.

Pour le Maroc, l’ancienne colonie espagnole – qu’il appelle ses “provinces du sud” – fait historiquement partie de son territoire, une “vérité immuable” qui “ne sera jamais à l’ordre du jour d’aucune négociation”, selon le roi Mohamed VI.

L’inlassable mobilisation de la diplomatie marocaine vient de porter ses fruits avec l’adhésion de l’Allemagne et de l’Espagne au plan d’autonomie sous souveraineté marocaine proposé en 2007 par Rabat pour régler le « contentieux ».

Le conflit du Sahara occidental, contrôlé à 80% par le Maroc mais considéré comme un “territoire non autonome” par l’ONU, oppose le Royaume aux séparatistes sahraouis du Polisario, soutenus par l’Algérie, depuis 1975.

Aujourd’hui, l’Algérie semble isolée, rapportent des analystes, et l’ONU peine à relancer un dialogue politique suspendu depuis 2019.

L’Espagne, de son côté, a opéré fin mars un changement radical de position en soutenant le projet d’autonomie, considérant désormais l’initiative marocaine “comme la base la plus sérieuse, la plus réaliste et la plus crédible” pour résoudre le différend.

Pour le président du gouvernement, Pedro Sánchez, le tour de Madrid était nécessaire pour nouer une relation “plus solide” avec le Maroc, grand partenaire commercial et allié “stratégique” dans la lutte contre l’immigration clandestine.

Dans la foulée, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, devrait être à Rabat vendredi pour relancer les relations bilatérales.

L’investissement espagnol, après un an d’éloignement, a été salué comme un “coup d’État diplomatique” par les Marocains.

“C’est sans aucun doute une victoire pour le Maroc à court terme”, admet Bernabé López, professeur d’études arabes et islamiques à l’Université autonome de Madrid, mais “il est difficile de savoir” si le changement de position espagnol aura un effet concret .

“Il faudra voir si à l’avenir il y a une bonne entente (entre Madrid et Rabat) et si cela peut aider d’autres pays à se hisser” à cette position, s’interroge-t-il.

” Équilibre des pouvoirs “

Depuis la reconnaissance par Washington du « marocanisme » du Sahara en décembre 2020, en échange de la reprise de ses relations avec Israël, Rabat fait pression sur la communauté internationale pour qu’elle suive l’exemple américain.

Ainsi, après avoir reçu son homologue américain, Antony Blinken, le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, a invité mardi l’Europe à “sortir de sa zone de confort” et, comme l’Espagne, à soutenir le plan d’autonomie.

Cet appel est accompagné d’un avertissement “à ceux qui affichent des positions vagues ou ambivalentes”.

Dans un discours à la nation en novembre, Mohammed VI a averti que “le Maroc n’entrerait pas dans un rapprochement économique ou commercial avec eux qui exclurait le Sahara marocain”.

“L’offensive marocaine se déroule à un moment où tous les regards sont tournés vers l’Ukraine”, observe la politologue Khadija Mohsen-Finan.

“Cela se fait aussi au terme d’un long processus qui a consisté pour le Maroc à se rendre indispensable aux Occidentaux : migration, survol du territoire, sécurité et lutte contre l’islamisme”, ajoute-t-il.

Aux yeux de l’historien maghrébin Pierre Vermeren, « les Marocains ont parfaitement retenu les leçons de la géopolitique actuelle. Le rapport de force est devenu la norme au détriment du droit international.

Preuve de sa volonté de s’affranchir de toute surveillance au nom de ses intérêts, le Maroc n’a pas participé aux deux votes de l’Assemblée générale de l’ONU condamnant Moscou pour l’invasion de l’Ukraine, afin de ne pas s’aliéner la Russie, membre du Conseil de la sécurité de l’ONU, selon les analystes.

La position du Maroc a “très déçu” ses partenaires, selon une source diplomatique occidentale, “au regard de la gravité de l’agression russe et au regard de ses alliances traditionnelles avec les pays occidentaux, auxquelles il préférait un rapprochement avec la Russie, mais favorables à le Polisario ».

En réaction, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a décidé de retirer son ambassadrice au Maroc, Oksana Vassilieva, estimant qu’il “perdait son temps” à Rabat.

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