Pétrole : Opep+ sous pression mais pas de changement en vue

Les pays producteurs de pétrole de l’OPEP+, qui se réunissent ce jeudi 31 mars 2022, doivent encore maintenir leur stratégie d’ouverture très timide de leurs vannes d’or noir, malgré la pression occidentale pour mettre fin à la volatilité des prix en pleine guerre d’Ukraine.

Les treize membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), menés par Riyad, et leurs dix alliés menés par Moscou devraient encore faire monter le niveau de production totale de 400 000 barils par jour pour le mois de mai, selon l’opinion d’analystes.

“L’Opep+ a plusieurs fois surpris les marchés lors de ses réunions mensuelles, mais le scénario de base, pour l’instant, c’est que le statu quo va perdurer”, prévoit Stephen Innes, analyste chez SPI Asset Management.

“Les signes ne laissent présager aucun écart” par rapport à la politique initiée au printemps 2021, poursuit-il.

Les discussions de l’alliance débuteront par des discussions techniques au sein du Joint Ministerial Monitoring Committee (JMMC) à 13H00 (11H00 GMT) à Vienne, siège du cartel, avant la réunion plénière par visioconférence.

Les attentes sont pourtant immenses, le pétrole ayant touché le 7 mars ses records de prix historiques atteints lors de la crise financière de 2008. Le Brent de la mer du Nord, la référence de l’or noir en Europe, a atteint un maximum de 139,13 dollars le baril et le WTI américain a atteint 130,50 $.

Depuis lors, les prix ont chuté par rapport à leurs sommets, ce qui rend « encore moins probable que l’OPEP+ décide d’augmenter sa production plus largement », explique Carsten Fritsch, analyste de la Commerzbank.

La Maison Blanche devrait annoncer ce jeudi un plan visant à retirer jusqu’à un million de barils par jour des réserves stratégiques américaines, selon les informations de l’agence Bloomberg, qui cite des sources proches du dossier.

Le prix du baril de pétrole américain WTI a chuté de plus de 5 % à l’ouverture des marchés asiatiques.

appels de partout

Pour l’Opep + qui a justement vu le jour en 2016 dans l’optique d’une régulation du marché, la récente flambée « est principalement due à des risques géotechniques, et non à une réelle pénurie de l’offre », rappelle- t -Il.

La guerre a fait craindre des perturbations de l’approvisionnement en pétrole russe et a provoqué une extrême volatilité, les prix s’envolant à la nouvelle des sanctions occidentales contre Moscou ou s’effondrant sur les espoirs de progrès dans les pourparlers de paix.

Pourtant, les appels de la communauté internationale se sont multipliés, notamment après la décision des États-Unis et de la Grande-Bretagne de cesser d’importer du pétrole de Russie, deuxième exportateur mondial de pétrole derrière l’Arabie saoudite.

Le ministre allemand de l’Economie, Robert Habeck, a lancé dès le lendemain “un appel urgent aux pays exportateurs pour augmenter le niveau de production afin d’apaiser le marché”.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui avait précédemment qualifié les décisions attentistes du cartel de “décevantes”, a également exhorté l’OPEP+ à être “du bon côté”.

“J’espère vraiment que la réunion débouchera sur des messages positifs qui pourront aider à réduire la pression sur les marchés pétroliers”, a déclaré à la mi-mars le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol.

Même message du côté des pays du G7, alors que le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est rendu à Riyad pour tenter de convaincre les dirigeants de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.

“ici pour rester”

Mais rien n’est fait : les pays du Golfe résistent actuellement aux exigences occidentales.

L’alliance Opep+, loin d’être déstabilisée par le conflit, apparaît plus solide que jamais. Elle est “là pour rester”, a déclaré lundi dernier le ministre émirati de l’Energie, Suhail al-Mazrouei, déterminé à ne pas laisser la “politique” saper l’organisation.

“A moins que quelqu’un ne soit prêt à fournir 10 millions de barils par jour, nous ne pouvons pas remplacer les Russes” sur le marché, a-t-il ajouté.

Le ministre saoudien de l’Énergie, Abdulaziz bin Salman, a réitéré mardi son engagement envers l’OPEP+, affirmant que si l’accord “n’existait pas, nous ne pourrions pas avoir de stabilité sur le marché de l’énergie” et “la volatilité des prix serait encore pire”.

S’il défendait la « culture » apolitique de l’Opep+, selon de nombreux experts, une intervention saoudienne sur les marchés serait perçue comme une trahison de la Russie, l’empêchant d’utiliser ses exportations d’hydrocarbures pour faire pression sur les Occidentaux.

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