POINT DE VUE. Patients avec interdiction de conduire : surprise, incompréhension, indignation, colère

Ces mots résument les sentiments de France Alzheimer et maladies apparentées et de la Fondation Médéric Alzheimer l’arrêté du 28 mars 2022 qui interdit à toute personne atteinte de troubles cognitifs légers de conduire.

Surpris par le calendrier, à quelques jours des élections présidentielles, pourquoi une telle hâte ? Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée sont plus d’un million en France. Quel mépris pour ces personnes et leurs soignants, dont beaucoup sont encore en mesure d’exprimer leurs droits civiques.

Surpris par le manque de clarté de cette commande. Qui prendra cette décision d’interdiction ? Le médecin généraliste, le neurologue, le gériatre ? Quel est le niveau de responsabilité de chacun ? Avec quels outils d’accompagnement et quels liens avec les professionnels de la conduite ? Quelle est la place de la famille ? Comment serez-vous accompagné dans cette démarche ? A-t-on pris en compte les risques pour le patient de décisions arbitraires prises à des moments inopportuns, comme une décompensation anxieuse ou dépressive ?

Incompréhension : La Fondation Médéric Alzheimer, France Alzheimer et maladies apparentées et l’Association Prévention Routière mènent depuis plus d’un an un projet de recherche « Alzheimer et Mobilité », financé majoritairement par l’Etat, dont l’objectif principal est de concevoir des outils d’aide les soignants, les personnes vivant avec des troubles cognitifs, le corps médical et les professionnels du permis de conduire pour arrêter de conduire. Les résultats devaient être annoncés dans quelques mois et devaient permettre de co-construire des solutions concrètes, adaptées aux réalités du terrain et au vécu des personnes directement concernées.

des solutions existent

Indignation face à la stigmatisation de nos aînés. Il est vrai que l’âge est le facteur de risque le plus important pour l’apparition de troubles cognitifs, mais pas pour l’apparition d’accidents graves. En effet, les chiffres parlent d’eux-mêmes : seuls 11 % des personnes présumées responsables d’accidents, mortels ou corporels, sur la route en 2019 avaient plus de 65 ans, contre 24 % entre 15 et 24 ans, sur un total de 53 835 accidents. . (1). Les exemples internationaux montrent que les mesures de contrôle (examens de santé systématiques, etc.) n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité (2). Mais le plus choquant, c’est qu’aucune mesure d’accompagnement n’a été proposée, pas même des solutions alternatives.

Colère, devant un droit à la mobilité remis en cause. Colère de ne pas avoir retenu les leçons de la crise sanitaire qui a particulièrement impacté les personnes vivant avec des troubles cognitifs : isolement, rupture du lien social, rupture des soins, etc. Leur interdire de conduire sans leur proposer des solutions alternatives est une double sanction qui conduira à une rupture de prise en charge, la peur d’être diagnostiqué… même si tous les acteurs, pouvoirs publics, associations de patients, professionnels de santé encouragent un diagnostic précoce. Ces deux années de crise sanitaire ont montré qu’il était possible de concilier le droit à la libre circulation et l’exigence de sécurité. Le ministère des Solidarités et de la Santé a-t-il été impliqué dans le processus ?

Car ne nous leurrons pas, l’enjeu n’est pas d’interdire de conduire mais de soutenir l’arrêt de la conduite pour toutes les personnes ayant un handicap moteur.

Il existe des solutions comme le programme d’éducation et de soutien communautaire CarFreeMe en Australie, développé par des experts universitaires, qui vise à aider les personnes âgées qui ont arrêté de conduire.

Comment pouvons-nous y arriver?

Plus que jamais, notre projet de recherche « Alzheimer et Mobilité » a du sens et doit apporter des solutions au couperet tombé dimanche dernier.

(une) Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière. « Sécurité routière en France – Bilan de la sinistralité 2019 »Juin 2020.

(deux) OCDE. « Vieillissement et transport : concilier mobilité et sécurité »16 janvier 2002.

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