TÉMOIGNAGES. L’inquiétante précarité des personnes âgées atteintes du sida

Cette semaine, Philippe Wozniak, 56 ans, a reçu un appel de sa banque. Monsieur, votre découvert a explosé, nous devrons faire rebondir votre dernier chèque.dit le quinquagénaire en jouant l’appel. C’était un chèque Auchan de 40 €, pas de 150 € ! Qu’est-ce que je vais manger ?

Les racines de sa précarité remontent à 1989, l’année où il a appris sa séropositivité. Six ans avant l’arrivée du premier offresle virus de l’immunodéficience humaine (VIH), responsable de pageC’était une promesse de mort. Ainsi, jeune banlieusard de 23 ans, il vivait à fond depuis l’âge de 16-17 ans. l’âge d’or de la liberté sexuelle, la nuit parisienne et le « je m’en fous » » . On parlait beaucoup du SIDA dans la communauté gay, j’ai fait le test quand ça a commencé à virer au rouge autour de moi.

Un problème de prise en charge sociale

S’ensuit une carrière mouvementée, avec des périodes de travail, des périodes de maladie et une fatigue intense. Tout ce qui concerne le VIH et les effets secondaires du traitement. Trop fatigué pour travailler pendant dix ans, après 27 ans de quadrithérapie », Philippe vit d’une Allocation Adulte Handicapé (AAH) de 900 €, d’une bourse de la Ville de Paris de 114 € et d’une Reconnaissance Travailleur Handicapé de 89 €. Après le loyer, la nourriture et deux trois de côté, il n’y a rien.

Parmi les personnes âgées atteintes du sida, Philippe est loin d’être le seul précaire. Cependant, les études sur la situation sociale des personnes séropositives sont rares. En 2010, hiv.org a déclaré qu’en France, 47% des personnes vivant avec le VIH vivent avec moins de 760 € par mois. La dernière enquête partagée par l’association Sidaction remonte à 2013. Il est difficile d’avoir des données récentes, nous avons besoin d’une nouvelle enquête pour connaître les besoins sociaux déclare Corinne Le Huitouze, responsable du programme Vieillir avec le sida à Sidation.

Pour elle, Ce qui pèche le plus, c’est l’aide sociale. Un constat partagé par Camille Spire, présidente de l’association. aides : Les problèmes de précarité augmentent pour les personnes âgées vivant avec le VIH.

Une incapacité à se projeter

Pour Jean-Paul Lacaze, qui aura 60 ans en juillet, tout a basculé en 1985, lorsqu’il a ouvert une enveloppe contenant le mot “positif”. Le jeune Girondin, 23 ans, naviguait alors entre les métiers de l’alimentation et l’usage de drogue par voie intraveineuse. Mon médecin m’a conseillé de rester avec mes parents pour qu’ils puissent profiter de mes derniers mois.

Pendant 11 ans, il a vécu sur du temps emprunté, dans l’obscurité voyant tant d’amis qui traînent. Ce fut onze ans de boulots, de CDD, de chômage, de stages et de formations que j’ai accumulés, toujours à court terme. Il m’était impossible de me projeter. Quand on me demandait où je me voyais dans cinq ans lors d’entretiens d’embauche, selon l’humeur je voulais répondre mort ou vif.

Il finit par avoir un bac à 32 ans en 1994, puis un bac +3 en 1998 à l’université de Bordeaux. L’année 1996 marque la fin de ses craintes de mort imminente, mais pas de ses doutes. J’ai encore au cœur ce doute de ce que je serai, de ce que je suis capable de faire. Avant, je me disais que les choses iraient mieux, mais aujourd’hui, je sais que lorsque je prendrai ma retraite, je paierai les conséquences de ce que j’ai vécu auparavant.

“La vie n’est plus aussi intéressante”

avec ses nombreuses années 80% d’invalidité et AAHil ne se fait aucune illusion sur le montant de sa future pension : J’ai un nombre de trimestres ridicule, ce sera le minimum vieillesse. Entre loyer, nourriture et autres dépenses, il voit un avenir sombre se profiler : quand tout ce qui valorise la vie, les loisirs et la culture doit être éliminé, la vie n’a plus beaucoup d’intérêt.

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Une incapacité à se projeter commune à tous ceux qui ont vécu ces années noires. Mary Bassmadjian, une Marseillaise de 62 ans, a travaillé de 1986 à 1996 en cachant son statut sérologique. Aller travailler en pensant qu’on allait mourir était difficile, cela ralentissait mes élans professionnels.

Il a ensuite subi une période de sept ans pendant laquelle il n’a pas pu travailler. J’ai dû être soigné, j’étais très fatigué. La sexagénaire s’épanouit désormais dans le partage de ses connaissances sur le VIH, en tant que patiente.

Problèmes dentaires coûteux liés aux traitements.

Alors qu’elle accompagne d’autres malades du sida, Mary observe les effets secondaires des traitements, notamment le vieillissement prématuré avec des répercussions financières.

Beaucoup souffrent d’ostéoporose et de décalcification osseuse. Cette fragilisation des os peut entraîner des problèmes articulaires et dentaires, souvent coûteux et mal remboursés. Tim, 57 ans, en fait les frais. Mes dents se déchaussent et tombent. Elle est récurrente, très invalidante et mal rémunérée.

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Il y a quelques années, il a pu s’offrir une première série de soins dentaires. Heureusement, j’ai gagné pas mal d’argent cette année-là, 30 000,00 €, et j’ai pu ramener à la maison 15 000 € pour mes dents. Mais cette fois, il ne sait pas comment s’en sortir. Ne pas avoir de dents est très dégradant, je ne peux pas dormir la nuit.dit-il, déterminé à trouver une solution.

“Nous sommes heureux d’avoir survécu”

Nous, les séropositifs, sommes heureux d’avoir survécu, alors nous ne mesurons pas vraiment l’étendue des dommages à long terme.. Pendant longtemps, son syndrome de survivant a été aggravé par le déni, qu’il décrit comme un mélange de culpabilité, interrogations et peurs d’être immergé dans le monde réel.

Depuis deux ans, Tim est salarié d’Aides, pour qui il fait de la prévention. Il regrette que l’entreprise ait cessé de voir le sida comme un levier pour changer les chosesMalgré les défis posés par la maladie en termes de les soins hospitaliers, la santé sexuelle, les cancers, les yeux, les dents ou encore les os. Historiquement, les défis du sida sont aussi des défis pour améliorer le sort des plus vulnérables, économiquement et politiquement : les minorités, les immigrés, les très jeunes et les très vieux !

En exposant leurs difficultés ou en demandant de l’aide, beaucoup semblent craindre que l’opinion publique ne voie en eux une volonté de devenir des privilégiés. Jean-Paul nous rappelle qu’il existe d’autres formes de handicap où les gens finissent dans la pauvreté et qu’il faut revoir les rémunérations et les minima sociaux. Avec une question sous-jacente : Doit-on laisser des gens comme nous dans la précarité pendant les dernières années de leur vie ?

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