Touristes occidentaux découvrant l’Irak, une terre inconnue

Devant la porte d’Ishtar, une œuvre massive en briques bleues reconstruite sur le site archéologique babylonien, Ileana Ovalle pose pour une photo. Comme elle, des dizaines d’Européens et d’Américains sont partis à la découverte de l’Irak qui s’ouvre peu à peu au tourisme mondial.

En voyage organisé ou simplement avec un sac à dos, retraités ou YouTubers célèbres explorent, malgré une infrastructure touristique quasi inexistante, des sites témoins d’une histoire multimillénaire qui rivalise avec celle de l’Égypte, de la Syrie ou de la Jordanie.

A Bagdad ou à Mossoul, ancien bastion jihadiste du nord, ils déambulent dans des rues portant les cicatrices des conflits qui ont longtemps isolé le pays.

“L’Irak faisait partie de mes +trois+ destinations préférées”, raconte Mme Ovalle, la cinquantaine originaire de Californie.

“Je suis super excité à l’idée de tout voir ici, berceau des civilisations”, ajoute qui a visité une quarantaine de pays.

Derrière ce mini-boom du tourisme : Les visiteurs étrangers ont pu obtenir leur visa à leur arrivée en Irak pendant un an.

Ainsi, en compagnie de quatorze autres touristes, Mme Ovalle a participé au voyage organisé par l’agence irakienne “Bil week-end”.

« Ce qui m’a frappé, c’est la chaleur et la générosité des Irakiens. Ils vous accueillent avec le sourire, ils sont fiers de leur pays », ajoute le touriste américain.

La porte d’Ishtar protège l’une des huit entrées de l’ancienne capitale de Babylone érigée par les Mésopotamiens il y a plus de 4 000 ans.

Dans cette ville située à une centaine de kilomètres au sud de Bagdad, les mauvaises herbes poussent entre les vieilles briques et les ordures jonchent le sol.

– Manque d’infrastructures –

Après l’invasion américaine de l’Irak en 2003, une base militaire abritant des soldats américains et polonais avait été installée presque sur le site de Babylone.

“Le guide de voyage de mon gouvernement dit +N’allez pas en Irak, c’est dangereux, vous courez le risque d’être kidnappé, il y a souvent de la violence+”, avoue Justin Gonzales, un New-Yorkais de 35 ans. “Mais je n’ai rien vu de tout ça.”

Entre l’invasion, le conflit sectaire sanglant qui s’en est suivi et la montée au pouvoir du groupe djihadiste État islamique, l’Irak a surtout dominé les gros titres de l’actualité violente.

Aujourd’hui, plusieurs pays occidentaux déconseillent encore formellement tout voyage en Irak. Outre les Etats-Unis, la France, qui évoque “des risques d’enlèvement”.

Pourtant, Bagdad veut faire décoller son secteur touristique, relevant de nombreux défis.

Si dans les villes saintes chiites de Kerbala et de Najaf, au sud de Bagdad, des hôtels accueillent chaque année des milliers de pèlerins iraniens, dans le reste du pays “on a besoin d’infrastructures, d’investissements privés, pour avoir des hôtels, des bus”, le patron de l’agence « Bil Week-end », Ali Al-Makhzoumi.

Depuis moins d’un an, elle accueille chaque mois entre trente et quarante touristes. Mais il appelle son gouvernement à investir pour “faciliter et organiser” le travail.

– “C’est dangereux?” –

En 2021, plus de 107.000 touristes se sont rendus en Irak, en provenance de France, de Turquie, du Royaume-Uni, des Etats-Unis ou de Norvège, contre 30.000 en 2020, selon les chiffres de l’Office du tourisme.

Le gouvernement vise à développer ses infrastructures, telles que des aires de repos sur les sites ou de nouveaux musées.

Le Musée national de Bagdad vient de rouvrir après trois ans de fermeture. La mythique rue des libraires de Bagdad, al-Mutanabi, a fait peau neuve en décembre.

Ur, la ville natale du patriarche Abraham, père des monothéismes, attire désormais les Occidentaux, enhardis par la visite historique du pape François en 2021.

Le gouvernement “a autorisé l’obtention d’un visa à l’arrivée. Mais sinon tout est encore compliqué”, explique Aya Saleh, fondatrice de l’agence de voyages Safraty.

“La moitié du voyage se perd dans les barrages routiers (de police), même si nous avons les autorisations nécessaires.”

Malgré le mal de tête, l’enthousiasme est réel, notamment chez les blogueurs qui inondent YouTube : “Explorer Bagdad la nuit avec un Irakien, est-ce sûr ?” “Explorer Bagdad, est-ce si dangereux ?”, “Deux Allemands seuls en Irak”.

L’écossaise Emma Witters, 54 ans et plus de 70 000 abonnés sur YouTube, effectue son deuxième voyage en Irak. “J’aime aller dans des endroits qui ne sont pas encore touristiques.”

“Après tout ce qu’ils ont vécu, on pourrait penser que les Irakiens sont des gens tristes”, a-t-il déclaré. Mais ils sont si heureux de voir des étrangers et ils sont si généreux qu’ils vous invitent chez eux.”

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