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Tribune : Au-delà des conflits, un plan pour la sécurité alimentaire de l’Afrique

Une guerre dans laquelle l’Afrique est inconsciente a mis à nu la dépendance chronique du continent vis-à-vis des importations alimentaires et a incité une action énergique pour s’attaquer à l’enchevêtrement des conflits, de l’insécurité alimentaire et du changement climatique, écrivent Patrick Verkooijen, Anne Beathe Tvinnereim et Akinwumi Adesine.

Les victimes de la guerre se retrouvent parfois à des milliers de kilomètres du champ de bataille. C’est le cas de l’invasion brutale de l’Ukraine par la Russie. En effet, alors que les combats y infligent des souffrances et des destructions incommensurables, ils menacent également de provoquer une catastrophe silencieuse en Afrique.

Le conflit a provoqué une augmentation des prix des denrées alimentaires. Cette situation est difficile pour les 283 millions de personnes qui souffrent déjà de la faim sur le continent. La guerre en Ukraine a également mis en évidence la dépendance chronique de l’Afrique vis-à-vis des importations alimentaires. Les importations de blé représentent environ 90 % du commerce de 4 milliards de dollars de l’Afrique avec la Russie et près de la moitié du commerce de 4,5 milliards de dollars du continent avec l’Ukraine.

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Les sanctions imposées à la Russie ont perturbé les expéditions de céréales à un moment où les stocks mondiaux étaient déjà faibles. Cette situation fait maintenant planer le spectre d’une famine généralisée sur un continent qui dépend de la nourriture importée pour son alimentation. Plus que jamais, il est temps d’augmenter massivement la production alimentaire en Afrique. En effet, la crise alimentaire en Afrique couve depuis un certain temps. Le changement climatique modifie les conditions météorologiques et nuit à l’agriculture, non seulement en Afrique mais dans de nombreuses régions du monde. Ce phénomène est aussi à l’origine de la forte hausse des prix alimentaires, qui n’ont jamais été aussi élevés depuis près d’un demi-siècle 3 . Outre la guerre, le changement climatique est probablement la plus grande menace pour la sécurité alimentaire dans le monde.

Il est urgent de trouver des solutions durables et à long terme qui permettent

l’agriculture pour s’adapter au réchauffement de notre planète. Face à cette situation, la Banque africaine de développement et ses partenaires veulent mobiliser un milliard de dollars pour stimuler la production de blé et d’autres denrées alimentaires en Afrique. L’objectif est d’aider 40 millions d’agriculteurs à augmenter leur production de variétés de blé, de riz, de soja et d’autres cultures résistantes à la chaleur, afin de nourrir quelque 200 millions de personnes. Au cœur de ces efforts se trouve la nécessité de former les agriculteurs à de nouvelles techniques pour accroître leur résilience aux effets du changement climatique. Pour nourrir un continent affamé et en croissance rapide, les agriculteurs doivent produire plus avec moins de ressources, tout en faisant face à des conditions météorologiques erratiques, des inondations, des sécheresses, la propagation d’agents pathogènes et la perte de biodiversité.

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Par le biais du Programme d’adaptation accélérée en Afrique 4 , une initiative africaine lancée l’année dernière pour réduire la vulnérabilité du continent aux effets du changement climatique, le Centre mondial pour l’adaptation (GCA) et d’autres partenaires de développement s’emploient déjà à mettre à la disposition des petites et moyennes entreprises des techniques de résilience climatique. moyennes entreprises. producteurs à grande échelle qui fournissent la majeure partie de la production alimentaire de l’Afrique. Selon la GCA, investir dans des fermes africaines résilientes au climat coûte moins d’un dixième des dommages infligés par les catastrophes liées au climat, y compris les pertes de récoltes, les secours en cas de catastrophe, la reconstruction des routes et la restauration des paysages des agriculteurs. Pour l’Afrique subsaharienne, ces coûts irrécupérables sont

estimés à 201 milliards de dollars par an, alors que les investissements nécessaires

l’adaptation au climat dans l’agriculture est estimée à 15 milliards de dollars 5 , toujours selon le GCA. Les agriculteurs d’Afrique subsaharienne sont confrontés aux défis combinés du changement climatique rapide, de la malnutrition et de la croissance démographique.

Face à ce défi, ils auront besoin de cultures plus résistantes, plus productives et plus nutritives. Ces changements doivent se produire rapidement et à grande échelle. En Afrique, le changement climatique pourrait entraîner une perte irrémédiable de 15 % du produit intérieur brut d’ici 2030. Cela signifie que 100 millions de personnes supplémentaires tomberont dans la pauvreté d’ici la fin de la décennie.

Protéger la riche biodiversité du continent est un moyen d’augmenter les rendements agricoles et de trouver de nouvelles variétés de cultures mieux adaptées aux climats plus secs et plus chauds. Les banques de gènes stockent des milliers d’échantillons de plantes précieux que les scientifiques peuvent utiliser pour développer de meilleures souches, mais elles sont confrontées à des pénuries de financement et de personnel depuis des années, mettant en péril les collections de gènes et la sécurité alimentaire future. Géré par le Crop Trust et financé par la Norvège et l’Union européenne, le projet BOLD 7 apporte un soutien financier et technique aux banques de gènes au Nigéria, en Zambie, au Kenya, en Éthiopie et au Ghana pour leur permettre de respecter les normes de fonctionnement internationales et de garantir la sécurité et la sécurité des collections. utilisable à long terme. Avec la flambée des prix alimentaires et les approvisionnements perturbés par les conflits, l’Afrique doit rapidement mobiliser autant de solutions résilientes au climat que possible à grande échelle pour écarter la menace d’une crise alimentaire catastrophique.

Investir dans l’adaptation climatique de l’agriculture est le moyen le plus intelligent et le plus rentable d’assurer la sécurité alimentaire sur le continent. Ne pas perdre de temps.

Patrick Verkooijen est le directeur général du Centre mondial pour l’adaptation,

Anne Beathe Tvinnereim est la ministre norvégienne du développement international et Akinwumi

Adesina est le président de la Banque africaine de développement.

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