Tripoli retrouve un calme précaire après des incidents énigmatiques

Alors même que le ministre de l’Intérieur Bassam Maoulaoui a annoncé lundi la fermeture de l’inscription sur les listes électorales pour les élections du 15 mai, sa ville natale (et celle du Premier ministre Nagib Mikati) de Tripoli a été secouée par un premier incident au cours duquel deux personnes sont mortes, dont un enfant, dans une de ses quartiers populaires. Le lendemain, un second incident, qualifié de “familial”, fait des blessés. Alors que la capitale nord-libanaise retrouvait jeudi un calme précaire, ces deux incidents successifs laissaient craindre de la voir s’enflammer à nouveau dans un cycle de violences encore plus grave en période pré-électorale, ses implications pouvant aller jusqu’à un report de la voter.

Lundi, un conflit armé a opposé des familles rivales dans le quartier pauvre de Bab el-Tebbané. Deux personnes qui n’avaient rien à voir avec la dispute ont été tuées. L’une des victimes est un garçon qui a reçu une balle dans le cœur alors qu’il passait avec son oncle à moto. Ce premier drame a fait descendre des dizaines d’éléments armés sur la rue de Mauritanie (cet axe qui a souvent servi de ligne de démarcation entre le secteur sunnite de Bab el-Tebbané et le secteur alaouite de Jabal Mohsen), tirant en l’air complètement chaotique . et lancer des grenades assourdissantes. Résultat : de multiples voitures endommagées et des balles perdues sur les balcons des immeubles environnants. Un homme de la famille Dachem a été tué et trois autres ont été blessés par ces balles perdues.

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Mardi, un autre quartier populaire, Haret el-Baranié, a été le théâtre d’un conflit armé entre des membres de la famille Nachar, connue pour son affiliation aux Brigades de la Résistance (un groupe sunnite proche du Hezbollah), et d’autres membres de la famille Nachar .Hijazi. Des fusils automatiques et des grenades ont été utilisés dans ces combats de rue, nécessitant l’intervention directe de l’armée, qui a encerclé la zone. Il est vrai que ces incidents découlent d’anciennes querelles familiales, mais le moment de leur “réveil” est déroutant. Car elles se sont produites non seulement à la veille des législatives, mais aussi au début d’un mois de ramadan particulièrement dur pour les familles, dans un Liban touché par une crise économique majeure qui pèse lourdement sur les quartiers populaires.

Coïncidence ou plan prémédité ?

Beaucoup s’interrogent sur ce moment, s’il y a une intention derrière ces incidents de provoquer un report des élections législatives prévues le 15 mai pour des raisons de sécurité. Un militaire de haut rang à Tripoli qui a requis l’anonymat estime, selon des rapports de sécurité, qu’il n’y a pas nécessairement de dimension politique attachée à ces incidents. Selon lui, ce sont des querelles familiales en cours, exacerbées par des conditions économiques difficiles, notamment dans cette ville, considérée comme la plus pauvre de l’est de la Méditerranée. Plusieurs personnes ont également été interpellées et l’enquête se poursuit pour déterminer les véritables causes de cette nouvelle flambée de violences, poursuit cette source.

Interrogé plus précisément sur les éventuelles répercussions sur les élections de mai, ce responsable a souligné que tout dépend des forces politiques. Il affirme qu'”il ne serait pas surpris” si le scrutin était reporté pour des raisons de sécurité, au cas où la situation s’aggraverait, notant au passage “l’absence d’activité électorale dans la ville”.

Pourtant, jeudi, le ministre de l’Intérieur dit, après une réunion du Conseil de sécurité bureau central, qu'”aucun incident de sécurité ne peut affecter la tenue des élections législatives”.

La grande ville du nord du Liban semble totalement exempte de toute fièvre électorale : aucun rassemblement n’y est organisé, ni par les forces politiques traditionnelles, ni par les listes d’opposition. Cette inactivité flagrante éveille la méfiance de plusieurs observateurs, comme Ghassan Rifi, analyste politique et habitant de la ville. « C’est comme si ces incidents successifs visaient à redonner à Tripoli cette image de ville hors-la-loi, ce qui me paraît résulter davantage d’un plan délibéré que d’une coïncidence », dit-il à L’Orient- Le jour. Il soupçonne que “certains partis veulent capitaliser sur le sang des Tripolitains, comme cela a été fait tant de fois par le passé”, pour atteindre des objectifs à trois niveaux : préparer le terrain à un chaos grandissant, qui servirait de prétexte au report d’élections législatives, messages sanglants lancés par des factions rivales ou encore tentatives de certains partis politiques craignant un vote-sanction (et qu’il refuse de nommer) de détourner l’attention des électeurs des véritables raisons de leur mécontentement, tous les poussant à voter sur de nouvelles motif de crainte d’insécurité.

L’analyste doute que ces événements soient temporaires, car il estime qu’ils semblent faire partie d’un plan bien étudié de déstabilisation de la ville, probablement financé par ceux qui en bénéficient. “Ces incidents éclatent pour des raisons généralement anodines qui n’auraient normalement pas nécessité un conflit armé au milieu de la rue”, dit-il, se demandant où les habitants de ces quartiers pauvres trouvent les ressources financières pour acheter autant d’armes et de munitions tout en luttant pour mettre de la nourriture sur la table.

Alors même que le ministre de l’Intérieur Bassam Maoulaoui a annoncé lundi la fermeture de l’inscription sur les listes électorales pour les élections du 15 mai, sa ville natale (et celle du Premier ministre Nagib Mikati) de Tripoli a été secouée par un premier incident au cours duquel deux personnes sont mortes, dont un enfant, dans une de ses quartiers populaires. Le lendemain, une seconde…

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