Un convoi d’aide humanitaire, le premier en trois mois, entrera dans le Tigré

Une semaine après l’annonce d’une “trêve humanitaire”, 20 camions chargés d’aide alimentaire, premier convoi routier depuis trois mois, s’apprêtent à entrer dans la région éthiopienne du Tigré, théâtre de conflits depuis novembre 2020 et menacée de famine.

Les camions du PAM “entreront bientôt dans le Tigré, apportant plus de 500 tonnes… de nourriture et de nutrition dont les communautés sont au bord de la famine”, a déclaré le Programme alimentaire mondial (PAM) dans un Tweet.

Depuis plusieurs jours, les autorités d’Addis-Abeba et les rebelles du Front de libération populaire du Tigré (TPLF), qui se battent depuis près de 17 mois, s’accusent mutuellement de bloquer les convois d’aide, malgré une “trêve humanitaire” annoncée le 24 mars pour permettre sa livraison.

Jeudi, le gouvernement éthiopien a annoncé que “21 camions chargés d’aide alimentaire du PAM ont commencé à acheminer de l’aide humanitaire vers la région du Tigré” via une autoroute qui traverse la région Afar voisine.

Le convoi – 20 camions d’aide alimentaire et un camion-citerne servant à ravitailler le convoi – a été bloqué jeudi soir par les forces régionales Afar, mais a pu reprendre sa route vendredi, a indiqué à l’AFP une source humanitaire.

Joint par l’AFP depuis Nairobi, le porte-parole du TPLF Getachew Reda a confirmé que le convoi était entré dans une zone Afar contrôlée par les rebelles tigréens et frontalière du Tigré.

Les “20 camions sont maintenant dans la zone sous notre contrôle, en route vers Mekele”, la capitale du Tigré, où ils devraient arriver dans “quelques heures”, les camions devant faire le plein en cours de route, a-t-il précisé. le milieu de l’après-midi.

– “Pénurie extrême” –

Aucune aide n’a été acheminée au Tigré par la route depuis la mi-décembre en raison des combats et de l’insécurité à Afar, dont une partie est occupée par le TPLF.

Seuls les produits médicaux et nutritionnels sont arrivés par voie aérienne, en quantités bien inférieures à ce que permettent les convois routiers.

Au Tigré, 4,6 millions de personnes, soit 83% des quelque six millions d’habitants de la région, sont en situation “d’insécurité alimentaire”, tandis que deux millions souffrent de “pénuries alimentaires extrêmes”, estimait le PAM en janvier.

De plus, faute de carburant, de vivres et d’argent sur place, les opérations humanitaires au Tigré – où plus de 400 000 personnes ont été déplacées par le conflit – sont pratiquement interrompues depuis la mi-février, selon l’ONU.

Depuis plusieurs mois, les services de base (télécommunications, internet, électricité, banque, etc.) sont fermés au Tigré.

Il faudra huit jours, à compter de l’annonce de la trêve, pour que le convoi, stationné depuis des semaines à Semera, la capitale afar, se mette en mouvement.

Compte tenu de cette annonce du gouvernement et de l’engagement du TPLF à la respecter tant que l’aide arrivera “dans un délai raisonnable”, le PAM a néanmoins indiqué “être prêt” à envoyer ses camions au Tigré, “dès qu’il sera sûr et sans restrictions”. “. l’accès sera garanti par toutes les parties.”

Une source humanitaire a indiqué jeudi à l’AFP que le PAM avait reçu l’autorisation du gouvernement fédéral et attendait le “feu vert” des autorités régionales Afar, ainsi que des “garanties que les milices et le peuple (de la région Afar) Afar” laissera passer le convoi ».

Plusieurs convois d’aide ont été pillés dans le passé par des résidents Afar.

Ces derniers jours, “concrètement, il manquait l’autorisation des autorités Afar” qui, comme le gouvernement fédéral, exigent le retrait du TPLF de la région, selon cette source.

– Pression diplomatique –

Les États-Unis ont accru la pression diplomatique ces dernières semaines pour permettre le passage de l’aide au Tigré et mercredi, la chargée d’affaires américaine en Éthiopie, Tracey Jacobson, a rencontré à Semera le président Afar Awol Arba, qui avait déclaré publiquement à plusieurs reprises que il ne laisserait pas passer l’aide jusqu’au Tigré.

Le conflit – dont l’équilibre est inconnu – a commencé lorsque le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, y a envoyé l’armée fédérale pour destituer les autorités du TPLF, le parti qui administrait la région après avoir longtemps détenu de facto le pouvoir à Addis-Abeba. . .

Le lauréat du prix Nobel de la paix, M. Abiy, a accusé le TPLF, qui contestait son autorité depuis plusieurs mois, d’avoir attaqué des bases de l’armée fédérale au Tigré.

Après avoir pris Mekele en un mois, l’armée éthiopienne a finalement été chassée du Tigré en 2021 par une contre-offensive du TPLF et le conflit, marqué par de nombreuses exactions de part et d’autre, s’est étendu à l’Afar et à l’Amhara voisin.

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