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Une fausse bonne idée : un barrage pour fermer le détroit de Gibraltar

Du point de vue de certains spécialistes, l’idée d’un barrage dans le détroit de Gibraltar, qui reliera l’Afrique à l’Europe, n’est pas une solution pour protéger les côtes méditerranéennes de la montée des eaux. Pour d’autres, un tel projet serait l’arrêt de mort de la biodiversité dans toute la Méditerranée, et même au-delà. Tout le monde est d’accord que l’humanité a plus à perdre qu’à gagner.

Le barrage hydroélectrique 35 km de long et 300 mètres de haut dans le détroit de Gibraltar, imaginé en 1928 par l’ingénieur allemand Herman Sörgel, poursuivait l’idéal d’un monde pacifique à travers l’existence de trois continents équilibrés : Amérique, Asie et Atlanthropie.

Dans l’imaginaire d’Herman Sörgel, le continent d’Atlantropa serait le résultat de l’assèchement de la Méditerranée. Plus grande que la superficie d’un pays comme la France, elle s’étendrait sur plus de 600 000 km2 de terres exploitables, suiteune baisse du niveau d’eau allant de 100 à 200 mètres.

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Une baisse qui serait la conséquence d’une fermeture de la Méditerranée, par un barrage dans le détroit de Gibraltar, et une seconde pour fermer le détroit des Dardanelles entre la mer Égée et la mer de Marmara. Sans oublier un troisième bâtiment, beaucoup moins imposant, sur le fleuve Congo.

Si ce projet est récemment sorti de l’oubli, c’est parce que protéger les côtes méditerranéennes contre la montée du niveau des mers. Préoccupé par cette question, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a mis en garde dans son dernier rapport : « Si nos émissions de gaz à effet de serre continuent à ce rythme, les dommages causés par Les inondations côtières risquent d’être multipliées par dix d’ici la fin du XXIe siècle.

Egalement pensé pour développer une source d’énergie alternative basée sur l’énergie des courants de surface qui circulent entre l’océan Atlantique et la Méditerranée, le barrage hydroélectrique du détroit de Gibraltar ne serait pas une mince affaire.

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Un barrage instable dû à la tectonique des plaques

« Le projet est techniquement faisable. Nous sommes à une époque où la technologie a atteint de nouveaux sommets, comme en témoigne le spectaculaire pont-tunnel entre la Suède et le Danemark », assure Ismail Bouidran, ingénieur civil, à Médias24.

Et pour nuancer, « cependant, il peut y avoir des contraintes géologiques importantes, et surtout plaques tectoniques qui pourraient menacer la stabilité du barrage. “En effet, un projet de ce type comporte des risques en termes de durée de vie et de stabilité des ouvrages”, confirme Nacer Jabour.

Le chef de division de l’Institut national de géophysique (ING) évoque notamment la menace sismique et les tsunamis : « Un grand séisme dans l’Atlantique peut réduire à néant toutes les installations.

Menace majeure pour la biodiversité

Pour Mohammed Said Karrouk, climatologue et professeur d’université, ce projet symbolise “une ingénierie folle qui menace de mettre fin à la méditerranéen et ce sera la plus grande catastrophe jamais connue par l’humanité.

“Cette ingénierie ne devrait pas être autorisée car elle détruire tous les systèmes écologiques Méditerranéen, ainsi que tous les systèmes économiques et politiques des pays méditerranéens.

« Les impacts positifs du projet sont certains, mais sa réalisation produirait effets négatifs sur le milieu biologique et principalement la faune aquatique », prend en charge un ingénieur paysagiste.

“La modification du débit d’eau va inévitablement impacter la biodiversité”, précise Ismail Bouidran. Parce que modifier le débit d’eau est la garantie de modifier les courants d’eau et la salinité.

Il y a donc tout intérêt à partir ouvertures maintenir la communication biodiversité entre Méditerranée et Atlantique. Tout en laissant passer suffisamment d’eau pour compenser l’évaporation naturelle.

Mais est-on vraiment sûr que le barrage atteindra son objectif, c’est-à-dire stopper la montée des eaux ? “L’assèchement de la Méditerranée ne va-t-il pas provoquer une montée des eaux sur d’autres côtes ?”, s’interroge Ismail Bouidran. “À mon avis, c’est inévitable.”

Abdelkrim El Majoudi va dans le même sens, estimant que ce projet symbolise une tendance à traiter les symptômes et non les causes. “Tant que les causes existent, le problème ne sera jamais résolu”, conclut le chef de la Division de la conservation des eaux et des sols et de la protection des forêts.

tchadi chaabi

12 avril 2022 à 16h45

Modifié le 12 avril 2022 à 17:55

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