« Vortex », « Revenge of the Shiny Shrimp »… Les critiques de films en salles cette semaine

18:00 9 avril 2022

Vortex ***

De Gaspar Noé, avec Françoise Lebrun, Dario Argento, Alex Lutz. 2:22.

Un couple de retraités à Paris : elle est frappée par la maladie d’Alzheimer qui gagne peu à peu du terrain, elle tente de gérer au mieux ce quotidien, malgré sa santé fragile. La sublime et émouvante scène d’ouverture témoigne de l’isolement des personnages puisque le réalisateur choisit de scinder l’écran en deux (le split screen process), de suivre le point de vue de chacun et d’écouter le décalage grandissant qui mène à un inévitable épilogue . Dans cette chronique arrosée de mélancolie, le format carré 1:1 exprime l’enfermement de ces deux individus complètement désorientés par ce qui leur arrive dans des plans séquences naturalistes et expérimentaux, allant du noir et blanc à la couleur, d’une puissance visuelle, narrative et éblouissante. . et l’émotive Françoise Lebrun, le réalisateur italien Dario Argento et Alex Lutz, qui interprète son fils désemparé, sont les trois exceptionnels. SB

La revanche de la crevette brillante ***

De Cédric Le Gallo et Maxime Govare avec Nicolas Cob, David Baiot, Romain Lancry. 1h53.

Alors qu’ils s’envolent pour les Gay Games à Tokyo avec un nouveau coéquipier talentueux mais très hétéro, l’heureux gang gay de water-polo rate sa connexion en Russie et se retrouve en transit forcé dans un pays pas vraiment connu pour son ouverture d’esprit… Nous’ Je suis heureux de retrouver les personnalités toujours (très) extraverties de ces outsiders chez Speedos, dont les scénaristes se plongent dans la psychologie. Plus ambitieuse dans sa mise en scène et ses effets, cette suite a la bonne idée de s’essayer à la comédie d’action en l’opposant à des adversaires aussi bas que forts, et rendus encore moins plaisants par l’actualité. Sans oublier les répliques toujours pleines d’humour, ainsi qu’un discours sur la tolérance et l’identité qui gagne en profondeur. BT

Et il y avait un matin **

D’Eran Kolirin, avec Alex Bachri, Juna Suleiman. 1h41.

Sami assiste au mariage de son frère dans le village de son enfance. Le lendemain, l’armée israélienne encercle les lieux sans explication, l’empêchant de rentrer chez lui à Jérusalem. À travers cette situation absurde tout en en amenant d’autres non moins absurdes, le réalisateur de La visita de la fanfarria témoigne des conséquences d’un statu quo désespéré sur une ville en mal d’orientation tout en sondant le cœur de ses personnages bien dessinés et incarnés. Pressez là où ça fait mal, mais avec délicatesse et intelligence, à travers une fable tragi-comique où le général et le particulier s’entremêlent. Bap.T.

Les Animaux Fantastiques Les Secrets de Dumbledore **

De David Yates, avec Eddie Redmayne, Jude Law et Mads Mikkelsen. 2h23.

Le professeur Albus Dumbledore, qui dirige l’école de magie de Poudlard, fait face à la pire épreuve de sa vie : s’opposer au projet machiavélique de son grand amour perdu, Gellert Grindewald, qui veut mettre le feu au monde moldu… La troisième partie de le twist-off d’Harry Potter place l’action dans l’Allemagne des années 1930 et utilise la montée du nazisme pour dénoncer le totalitarisme. Le scénario se perd dans ses rebondissements, mais on se laisse emporter par l’univers merveilleux imaginé par JK Rowling et la romance tragique du couple gay déchirant Jude Law et Mads Mikkelsen. SB

Allez les enfants **

Par Thierry Demaizière et Alban Teurlai. 1h54.

A Paris, le lycée public Turgot, dans le 3e arrondissement, accueille des élèves de tous horizons autour d’une passion commune : le hip-hop. Après la pornographie (Rocco) et la religion (Lourdes), le duo Thierry Demaizière et Alban Teurlai réalisent un documentaire sur des jeunes en difficulté, alternant interviews devant la caméra, scènes du quotidien en classe et battles de danse. Au plus près d’adolescents attachants, tous animés par l’envie de gagner. Un portrait plein de bienveillance et d’humanisme, avec une histoire parfois longue, mais fascinante dans sa retranscription de ce microcosme cosmopolite. SB

à l’ombre des filles **

Par Etienne Comar avec Alex Lutz, Veerle Baetens, Hafsia Herzi. 1h46.

Chanteur lyrique de renom mais se remettant en question après la mort de son père, Luc décide de mettre son talent au service des autres en participant à un atelier de chant dans un centre de détention pour femmes. Toutes ne viennent pas donner la parole pour les mêmes raisons… Toujours très juste dans la complexité, Alex Lutz mène cette chronique sociale, sensible mais pas étonnante, devant un groupe de filles au caractère très affirmé. On sent la liberté de corps et d’esprit qu’ils retrouvent en allant chercher les notes au plus profond d’eux, on comprend l’importance de l’art pour échapper au confinement. BT

Chiara **

De Jonas Carpignano, avec Swamy Rotolo, Claudio Rotolo. 2h01.

Sans nouvelles de son père, Chiara, une adolescente calabraise, mène l’enquête. Découvrez ses liens avec la ‘Ndrangheta, la mafia locale. Après Mediterranea et A Ciambra, Jonas Carpignano conclut son triptyque sur la ville de Gioia Tauro en s’entourant à nouveau d’acteurs non professionnels très proches de leurs personnages. Avec cette approche documentaire, son histoire captivante, sinon réussie, sur le passage à l’âge adulte est obscurcie au fur et à mesure que son héroïne remarquablement jouée progresse dans l’enquête. Flirtant même avec le thriller, mais sans faire aucune concession à la fiction dans sa description des pratiques mafieuses. Bap.T.

Bord de mer **

Par Ely Dagher, avec Manal Issa, Roger Azar. 1h56.

Jana revient à Beyrouth après plusieurs années d’absence. Il y retrouve ses parents, puis son ex. Préfigurant les séquelles de la catastrophe de 2020, ce premier film envoûtant plonge le spectateur dans une capitale brumeuse et inhabitée. Une ville fantôme ou presque dans laquelle son personnage erre tout aussi déprimé sans expliquer les raisons de son retour. Si certains plans sont inutilement rallongés, le réalisateur exploite habilement le décor triste, déployant une atmosphère lourde qui reflète les sentiments d’un peuple qui peine à entrevoir l’avenir dans un pays longtemps au bord du gouffre. Bap.T

le dernier piano *

De Jimmy Keyrouz, avec Tarek Yaacoub, Rola Beksmati, Mounir Maasri. 1h50.

Dans un quartier de Syrie sous le régime de l’État islamique, un pianiste talentueux met ses rêves d’Europe entre parenthèses pour réparer son piano détruit par des terroristes. Entre la chronique naturaliste et le cinéma d’action, ce premier long métrage à la photographie soignée décrit un monde qui s’effondre mais résiste, comme une musique interdite mais source d’espoir. Avec la complicité de mélodies prêtes à émouvoir Gabriel Yared, le réalisateur libanais Jimmy Keyrouz charge pourtant son navire de personnages parfois caricaturaux et de virages improbables. js

Sous les ailes des anges *

De AJ Edwards avec Diane Kruger, Jason Clarke, Brit Marling, 1h33.

L’enfance d’Abraham Lincoln, dans les splendides forêts du Kentucky, a été marquée par un deuil douloureux et contenue par un père sévère, mais sauvé par des complices aimants. Proche collaborateur de Terrence Malick, à qui il emprunte hâtivement le style élégiaque et un esthétisme fort, le réalisateur revendique ici un lyrisme austère avec des personnages muets et émouvants, un côté gospel sensoriel illuminé à la lueur des bougies. La photographie en noir et blanc est belle, ultra soignée, mais on abuse des mouvements brusques de caméra et des plans bas systématiques qui finissent par donner l’impression d’une pastorale un peu inutile, d’un roman photo autodestructeur. CA

Leave a Comment